Le 24 mars dernier, nous mettions en ligne cet appel : "Manifester pour aider une femme "agouna" en attente de son divorce religieux ("guet"). Nous venons d'ajouter au titre précédent : action réussie !

En effet, le 13 avril, soit moins de 15 jours après cette protestaton qui réunit des dizaines de femmes et d'hommes devant le domicile du mari récalcitrant, celui ci a enfin donné le "guet" à son épouse qui l'attendait depuis des années alors qu'ils étaient déjà civilement divorcés.

Evelyn Brook, la présidente de "The Coalition of Women for the Get" a déclaré : " C'est un exemple de ce que nous pouvons accomplir lorsque toute la communauté travaille ensemble".  Elle le relève car notamment le tribunal rabbinique "beith din" avait lancé un "seruv", appel à la discrimination, à l’encontre du mari récalcitrant tant qu’il n’aura pas accordé le « guet » à sa femme" (voir article ci dessous). 

A juste titre, Evelyn Brook demande que cette information soit largement diffusée, d'une part, pour remercier toutes les personnes qui avaient participé à cette manifestation ou diffuser cet appel et d'autre part, sans doute, pour souligner l'importance d'une action de solidarité à l'égard des femmes en attente de leur "guet"

Sonia Sarah Lipsyc. 

 

A l’appel de "The Coalition of Women for the Get" ou "la Coalition des femmes pour le guet (divorce religieux) de Montréal » : manifestation ce dimanche 30 Mars à 16h devant le logement d'un homme, Yehudah, qui refuse de donner depuis 7 ans le « guet », l'acte de divorce religieux à sa femme Miriam Sebbag alors qu’ils sont déjà divorcés civilement depuis des années[1].

Myriam est ainsi une femme « agouna » (enchainée à son statut marital). Pour les détails de cette manifestation voir en notes, la première partie du document « Help Free Myriam »,produit par "The Coalition of Women for the Get" [2]

Cet appel avait d’ailleurs été annoncé récemment au cours de la fête juive de Pourim, le 16 mars derniers, lors de la lecture de la « meguilat Esther » ("Rouleau d’Esther" de la Bible) par les femmes, organisée par le groupe pluraliste de prières de femmes de Montréal[3].

Un loup guet (Traduction libre de l’affiche utilisée par ICAR- organisation internationale des femmes qui se battent pour aider les femmes « agounot » ou pour participer à trouver des solutions admises par la loi juive -: « De tels prédateurs existent : ceux qui refusent de donner le « guet ». »)


La manifestation de femmes et d’hommes aura lieu à Boisbrillant, non loin de Montréal, devant le domicile du Monsieur, au sein de la communauté hassidique de Toch où il a trouvé refuge bien que, peut-être, certains membres de cette communauté manifesteront avec les femmes et les hommes de "The Coalition of Women for the Get".

Ce genre d’actions, - des manifestations devant les logements ou le lieu de travail des maris récalcitrants (expression consacrée au sujet d’un homme qui refuse de donner le « guet » à sa femme)- est l’une des actions que font, en Amérique du Nord, les hommes et les femmes, qui refusent les abus que certains peuvent commettre au sein et au nom du judaïsme. Ces actions portent parfois leurs fruits – elles sont donc importantes.

Il est à relever que le tribunal rabbinique orthodoxe de Montréal (« beth din vaad hahir ») a émis un « siruv » ou «sérouv »[4], appel à la discrimination, à l’encontre du mari récalcitrant tant qu’il n’aura pas accordé le « guet » à sa femme.  
Ce « siruv » implique que ce tribunal rabbinique, qui plus est ultra orthodoxe - au regard de l’attitude du mari récalcitrant qui ne s’est pas présenté aux convocations du tribunal rabbinique et ne se soumet pas à son injonction de délivrer son épouse du statut marital- demande à tout un chacun de la communauté notamment :
de ne pas parler avec le mari récalcitrant, de ne pas l’inviter chez soi, de ne pas le compter dans un « mynian » (quorum de 10 hommes nécessaire à la prière), de ne pas faire affaire avec lui[5].
Et ce, jusqu’à ce qu’il cesse d’abuser de son droit (délivrer l’acte de divorce) et libère Myriam de ce statut qui l’empêche d’être une femme libre et de refaire sa vie.

Au sujet de la dissymétrie de l’acte de divorce dans le judaïsme, par exemple le fait que durant toute la période du refus d’octroi du « guet » par l’homme (ou du refus de la femme de le recevoir) : 
- l’homme peut avoir une vie affective et sexuelle et ne pas être considéré comme adultérin aux yeux de la loi juive contrairement à la femme
- les enfants issus de telles relations ne seraient pas considérés comme « mamzerim » (illégitimes) avec toutes les conséquences que cela implique (impossibilité notamment de se marier avec des Juifs à moins qu’ils aient notamment le même statut) contrairement aux enfants qui naitraient d’une relation de la femme avec quelqu’un d’autre. Je vous invite :
- à voir les articles sur l'item "divorce juif" sur ce site
- à lire le « Guide du divorce religieux en France  que nous avions rédigé avec Maitre Annie Dreyfus et Janine Elkouby.

Sonia Sarah Lipsyc


[1] Voir au sujet de douloureux cas qui dure depuis des années, l’article de Claudia Itzkowich, “Stinky Husbands Bewares : The Intricacies of Jewish Divorce”, Shtetl, 26.11.2011

[2] "Miriam Sebbag is an agunah who lives in our Montreal community. She is being held hostage in a dead marriage, an abuse she has suffered for several years. Her husband, Yehuda Sebbag, who refuses to release her, is living in Tosh (Boisbriand). 

Please join us for a peaceful demonstration in front of Yehuda Sebbag’s apartment
Sunday, March 30, 2014 at 4 pm.
We will meet at the bus stop just before the entrance to Tosh – see directions below. 
Many in the Tosh community are aware of the demonstration and may join us. The demonstration should be respectful of Tosh and its practices, and encourage the Tosh community to uphold the order of the Bet Din of Montreal to pressure Yehuda Sebbag to give Miriam a Get, a Jewish divorce.
Please publicize/distribute this email and the attached documents. Help spread the word so that many people will attend. Organization leaders, please send this on to your membership in Montreal. Ask 
your spouses to join you.
Women are asked to dress modestly with longer skirts. Miriam is a halakha abiding women, and it is her message that we need to convey to the Tosh community. 
Pesach is the time to release the oppressed – so it should be for Miriam.
DIRECTIONS:
Take AutoRoute 13 North to Exit 22 East for AutoRoute 640 East. 
Continue on 640 East for about 2.5 km, to Exit 19. 
At the traffic light at the end of the exit ramp, turn left onto Boul. de la Grande Allee. 
Travel North about 550 m and turn left on Chemin de la Rivière Cachee and continue about 1.5 km. 
We will meet at the last bus stop on the right side of the road, just before the main entrance to Tosh (which is rue Beth Halevi). 
The bus stop is on the right side of the road, just where Ave. de la Renaissance is on the left.

[3] - Voir notre article « Le groupe pluraliste de prières de femmes de Montréal », Judaismes et Questions de Société, 19.06.12

- Sur le choix du jeune d’Esther en solidarité avec les femmes agounot, voir notre article : « Solidarité avec les femmes en attente de leur divorce religieux ("guet")»,Judaismes et Questions de Société, 06.03.12

[4] Pour en savoir plus sur ce dispositif social dont dispose un Tribunal Rabbinique pour influer sur le mari récalcitrant de sorte à ce qu’il délivre le « guet », cliquez sur ce lien .

[5] Voici la traduction en anglais de cette décision de “Seruv”, originnellement en hébreu,  du Tribunal rabbinique de Montréal: (TRANSLATION) DECLARATION OF THE BEIS DIN OF MONTREAL
Seeing that Miriam Sebbag has requested a Get from her husband Yehudah Sebbag after many years of living apart; and seeing they already have a civil divorce; and seeing that we have sent three summonses to Mr. Sebbag to adjudicate and he has refused to appear; and seeing that our Beis Din has already issued a Seruv Order (when one shows contempt of Beis Din) against Mr. Sebbag on 28 Tammuz, 5772; and seeing that Miriam Sebbag cries out bitterly to free her from the imprisonment of being an Agunah; and seeing that Mr. Sebbag continues to act in a rebellious and contemptuous manner; and seeing that many
have asked us how they should act towards him, we have decided the following:
Rabbeinu Tam writes (Sefer HaYashar, Siman 24), “When all the rabbis agree (the husband should give a Get, and the husband refuses to listen), they (the Beis Din) should decree with a solemn oath to every Jewish man and woman who come into contact with him, that they are not allowed to speak with him, to have any business with him, to give him food to eat or liquids to drink, to visit him even in his sickness,and they should continue and increase the severity as long as he does not give a Get and release this woman. In this manner the Get is not considered a coerced Get (which would be invalid) since the husband is able to give the Get, and there is no physical violence against him (G-d forbid) – however we are required to separate ourselves from him.”
And similarly is the ruling of Ramo (Even HaEzer 154:21), “And they (the Beis Din) can decree that every
Jewish person may do no favor or kindness for this man, may have no business with him, even to circumcise his son or bury him if he dies (G-d forbid), until he gives a Get. And Beis Din has the right to add stringencies in this manner.”
Therefore we (the Beis Din of Montreal) decree upon this man - Yehudah Sebbag - all of the strictures of Rabbeinu Tam (mentioned above), and we decree upon all the Jewish residents of Montreal and Tosh that
they must distance themselves from him and act as follows:
1. Do not speak to him or do for him any favor or kindness.
2. Do not give him any food or drink, and do not invite him to your home.
3. Do not visit him if he is sick (G-d forbid).
4. Do not count him as part of a Minyan, or give him any honour (Aliyah) in the synagogue, for allow
him to lead the Davening.
5. Do not have any business with him.
And it is a great Mitzvah to try to turn him away from his evil stubbornness to accept upon himself to act in accordance with everything the Beis Din instructs, thereby healing him of his sin. And everyone who listens to our words will rest secure and deserve the words of the Torah, “Blessed is he who fulfills the words of this Torah.”
To this we affix our signature this day, 15 Teves, 5774, here in Montreal.
(signed by)
Rabbi Binyamin Weiss, Av Beis Din
Rabbi Sabbah, Sephardic Chief Rabbi
Rabbi Rafael Banon, Dayan
Rabbi Yoel Wenger, Dayan
Rabbi DovBer Bell, Dayan
Rabbi Efraim Cremazi, Dayan

Il est à noter que le Tribunal Rabbinique précise bien que ce "seruv" ne peut-être nullement assimilé à une contrainte à l'encontre de mari récalcitrant mais comme une incitation à l'égard de la communauté de s'écarter de lui. En effet, si le "seruv" était appréhendé comme une contrainte et que l'homme délivre alors le "guet", ce document, au regard de la loi juive ne serait pas valide. La marge de manoeuvre est mince mais elle existe. Par ailleurs, la loi juive autorise dans certains cas, l'usage de la contrainte sur le mari récalcitrant et valide alors son "guet". Voir à ce sujet Monique Susskind Goldberg, "Des solutions au prolbème des femmes agounot" dans Quand les femmes lisent la Bible, sous la directin de Janine Elkouby et Sonia Sarah Lipsyc, ed. In Press, 2007, notamment la page 212.