Une association rabbinique en Israël pour la démocratie et l’avancée des droits des femmes
« Nous croyons que la véritable voix de la Torah d'Israël soutient la démocratie, encourage la représentation féminine chez les dirigeants, témoigne du respect envers les non-juifs et est ouverte vers le monde »[1].
C'est l’une des premières déclarations d’une nouvelle association rabbinique orthodoxe moderne et sioniste, "Beth Hillel" (littéralement Maison d'Hillel), qui entend lutter contre le radicalisme du monde orthodoxe et accepte des femmes comme membres.
Le nom de Hillel fait référence à un sage talmudique du 1er siècle connu pour sa bonté et son sens de la conciliation.
L'un des leaders du mouvement orthodoxe et sioniste, le rabbin israélien francophone Shlomo Aviner, salue l'initiative en souhaitant que cet organisme "prenne des arrêts rabbiniques justifiés" mais conteste vigoureusement que des femmes soient autorisées à siéger à la direction de cette association... Il déclare " L'influence des femmes sur la direction ne doit pas s'exercer de façon ostentatoire mais discrètement, en coulisses"[2] (sic). Il s'élève également contre la mixité au sein de cet organisme ou d'autres. Il s'appuie, pour refuser le rôle des femmes dans la vie publique, sur un avis rabbinique d'Avraham Isaac Kook (1864-1935) qui s'opposa à l'éligibilité comme au vote des femmes du temps du « yishouv » (communauté juive vivant sur la terre d’Israël avant la création de l’Etat d’Israël). Une vive divergence opposa en 1920 le rav Kook, futur premier grand rabbin ashkénaze de la communauté juive avant la création de l'Etat d'Israël et Ben Tsion Ouziel (1880-1953), futur grand rabbin sépharade de l'Etat d'Israël. A la différence du premier, le second affirma que dans le contexte de l'évolution de la condition des femmes et dans un régime démocratique, il n'y avait aucun fondement réel dans la loi juive à l'interdiction du suffrage féminin ainsi qu'à leur éligibilité[3]. Les instances sionistes en terre d'Israël s'étaient depuis lors rangées à l'avis rabbinique du rabbin Ouziel.
Cependant, la représentativité ou l'éligibilité des femmes au sein d'institutions qui touchent au religieux ont toujours été l'objet de réactions ultra conservatrices et de luttes de femmes et d'hommes pour l'équité. En témoigne le combat qu'a mené dans les années 80, Léah Shakdiel pour être la première femme éligible à un conseil municipal religieux ("mo'atsèt hadadit") dans sa localité à Yeroham dans le désert. Elle fut soutenue par la population et le maire séfardes mais se heurtât à la résistance d'une partie du corps rabbinique qui ne voulait pas s'asseoir à côté d'une femme et n'acceptait pas que celle-ci prenne part aux délibérations du conseil municipal religieux. Ces conseils se prononcent sur la gestions des affaires religieuses ou culturelles (questions de "cacherout" - abattage rituel, "mikvé"- bain rituel, éducation) d'une cité ainsi que sur la nomination des rabbins municipaux.
(Léah Shakdiel, première femme élue à un conseil municipal religieux. Photo prise sur le site Justevision)
Léah Shakdiel obtint gain de cause auprès de la Cour Suprème d'Israël, son cas est référentiel dans la jurisprudence du pays et depuis des femmes peuvent siéger au sein des conseils municipaux religieux[4].
D'autres combats se poursuivent actuellement, notamment pour que des femmes, conformément à un autre arrêt récent de la Cour Suprème, siègent au sein du comité central qui nomme les juges religieux ("dayanim") en Israël.
Sonia Sarah Lipsyc
[1] Voir l’excellent site sur le judaisme moderne orthodoxe : http://modernorthodox.over-blog.com/
[2] http://www.srugim.co.il/27927 (en hébreu)
[3] Voir Sonia Sarah Lipsyc, « Le leadership des femmes au sein du monde juif politique et communautaire juif. »ARCHE, Février-Mars 09 n°609-610 p 28-29.
[4] Cf. Léah Shakdiel, « Mon combat pour être la première femme au sein d’un conseil municipal religieux », traduit par Hélène Palma dans Quand les femmes lisent la Bible, sous la direction de Janine Elkouby et Sonia Sarah Lipsyc, Pardès 43, Ed. In Press, Paris, 2007 pages 227 à 233
De la nécessité de la pluralité et de la liberté d’expression au sein du judaïsme orthodoxe contemporain
Le judaïsme est pluriel dans ses différentes composantes (orthodoxe, conservative, réformé ou libéral et reconstructionniste voire renewal) et il l’est, tout autant, à l’intérieur même du courant orthodoxe. C’est d’ailleurs ce qui fonde sa richesse. Il existe ainsi à l’intérieur du monde orthodoxe, des hassidim et des « mitnagdim »[1], des sionistes, des a-sionistes, des antisionistes, des ultra-orthodoxes (« harédim » littéralement des « craignant Dieu ») des orthodoxes, des orthodoxes modernes, des traditionnalistes, et même des personnes qui pratiquent peu mais reconnaissent l’autorité du monde orthodoxe dans le judaïsme[2].
Cependant cette pluralité propre au judaïsme, en particulier orthodoxe, est souvent ignorée.
Dans l’article qui suit, une homélie sur un passage du Pentateuque, le rabbin Marc D.Angel, dénonce l’autoritarisme voire la coercition qui sévit actuellement au sein du judaïsme orthodoxe contemporain et qui étoufferait cette liberté et cette pluralité d’expressions.
Il déplore cette uniformité de pensée contemporaine en même temps qu’il rappelle, références à l’appui, combien tout au long de l’histoire, ce courage d’expression et de réflexions a primé au sein du judaïsme.
Le rabbin Marc. D. Angel, est le rabbin émérite de la Congregation « Shearit Israël », la synagogue historique « Spanish and Portuguese » de New York.
Né dans une famille sépharade, il a reçu son ordination de la Yeshiva University où il a aussi passé une Maîtrise en littérature anglaise.
Il a été le président du RCA (Rabbinical Council of America, affilié à l’Union Orthodoxe) et membre du comité de rédaction de la revue « Tradition ».
Comme la majorité des rabbins de la RCA, le rabbin Angel qui est aussi un universitaire, est de sensibilité moderne orthodoxe.
Sonia Sarah Lipsyc
PS : Pour des commodités de lecture, nous avons préféré mettre en notes de bas de page et entre guillemets les références de l’auteur. Les sous-titres en italiques, les dates entre parenthèses ainsi que les notes de bas de page sans guillemets sont de la rédaction.
"Orthodoxie et Diversité : pensées sur la lection « Vayera (Il apparut) [3] » ( Genèse 18-22) [4]"
Par le Rabbin Marc D. Angel
Le Talmud, dans son traité « Berakhot » 58a, nous enseigne que l’on doit réciter une bénédiction spéciale lorsque l’on voit une multitude de Juifs et bénir le Tout-puissant qui est « h’akham harazim » (littéralement le Sage des secrets), c'est-à-dire Celui qui comprend le cœur et les pensées intimes de chaque individu. « Leurs pensées ne sont pas les mêmes et ils ne se ressemblent pas»[5]. Le Créateur a créé des êtres humains uniques, pareils à nul autre, Il désirait et voulait une grande diversité de pensée, et nous Le bénissons pour avoir créé cette diversité parmi nous.
L’antithèse de cet idéal est représentée par Sodome. L’enseignement rabbinique allègue que les Sodomites plaçaient le visiteur dans un lit. S’il était trop petit, il était étiré jusqu’à ce qu’il remplisse le lit ; s’il était trop grand, on lui coupait les jambes afin qu’il ne dépasse pas du lit. Cette parabole, je pense, ne se réfère pas purement et simplement à une uniformité physique : les habitants de Sodome voulaient que tous soient identiques, pensent de la même façon, et se conforment aux habitudes des Sodomites. Ils nourrissaient et imposaient la conformité à l’extrême.
Le respect de l’individualité et de la diversité est sine qua non d’une vie saine. Nous avons tous des talents uniques et des façons différentes de voir les choses. Nous avons besoin d’un climat spirituel qui nous permette de nous développer, d’être créatif et de contribuer à ce qui constitue le trésor de l’humanité, la connaissance et les idées.
Les sociétés luttent afin de trouver un équilibre entre les libertés individuelles et les règles de conduite commune. La Torah, tout en offrant un éventail de libertés, donne un cadre au-delà duquel les individus ne devraient pas s’aventurer. Lorsque la liberté devient licencieuse, elle peut perturber la société. Par contre, lorsque l’autoritarisme écrase les libertés individuelles, la dignité de l’individu est violée. Je souhaite me concentrer sur cette tendance, liée au monde juif orthodoxe contemporain.
De l'autoritarisme dans le monde juif orthodoxe contemporain
Il y a quelques années, j’ai rendu visite, en Israël, à une sommité, possédant une grande connaissance de la Torah. Sa vision originale et indépendante l’isolait de plus en plus de l’establishment rabbinique. Il déclarait tristement : « Avez-vous entendu parler de la mafia? Et oui, nous avons une mafia rabbinique ici. ». Il faut se poser la question, un érudit dans le monde rabbinique, a-t-il le droit et la responsabilité d’explorer et d’avancer des idées même si celles-ci ne sont pas au goût du jour ? Exercer une pression exagérée pour empêcher une saine discussion est défavorable et contraire aux meilleurs intérêts de la communauté et de la Torah. C’est la façon de faire de Sodome.
Il existe de nombreux cas similaires où une pression indue a été exercée sur des rabbins et des érudits qui exposent des points de vue non conformes aux opinions qui prévalent dans les cercles des leaders rabbiniques orthodoxes.
Aux cours des dernières années, j’ai participé à l’organisation d’un certain nombre de conférences et de conventions rabbiniques. Invariablement, des questions surgissaient quant au choix de ceux qui seraient invités à participer. Quelqu’un disait : « Si le Rabbin untel participe au programme alors d’autres rabbins et conférenciers refuseront d’y participer ».
Un autre déclarait :
« Si tel ou tel groupe fait partie des promoteurs de la conférence, d’autres groupes boycotteront l’événement ». Ce qui se passe, dans de telles circonstances, est subtil – en fait pas si subtil – car il s’agit simplement de coercition. Des décisions sont alors prises déterminant quels seraient les individus ou groupes orthodoxes qui seraient ou non acceptables. Cette façon de faire insidieuse est malsaine pour les orthodoxes. Elle nous prive de discussions riches de sens et de débats. C’est aussi une forme d’intimidation qui décourage des individus d’adopter des points de vue et des positions indépendantes ou originales, de peur de se voir isolé, voire ostracisé. J’ai entendu souvent dire par des personnes sensées : «Je crois ceci et cela mais je ne peux pas le dire ouvertement, je crains de me faire attaquer par la « droite ». Je soutiens telle et telle proposition, mais je ne peux pas le dire ouvertement, y associer mon nom, je crains d’être vilipendé ou discrédité par un groupe ou un autre ».
Nous devons aborder ce problème sans détour et avec franchise : l’étroitesse des points de vue dans le monde contemporain orthodoxe est une réalité. La peur d’exprimer des opinions qui ne soient pas « acceptables » est palpable. Si les individus ne peuvent se permettre de penser librement, s’ils ne questionnent pas ou ne peuvent proposer une alternative, alors notre communauté souffre d’un manque de vitalité et de dynamisme. La peur et la timidité deviennent notre marque de commerce.
De la richesse et de la diversité d'opinions au sein du judaisme orthodoxe au cours de l'histoire.
Il existe un contraste flagrant entre la situation actuelle et la façon dont le monde dynamique de la Torah devrait évoluer.
Le Rabbin Yehiel Mikhel Epstein (1829-1908)[6] affirme que les différences d’opinion parmi les sages, constituent la gloire de la Torah : « L’ensemble de la Torah, est appelé un chant (« shira ») et ce chant est glorieux lorsque les voix diffèrent les unes des autres. C’est là l’essence de son charme »[7].
Tant les débats que les désaccords ont été acceptés et valorisés dans le passé et font partie de la tradition juive.
Le Rama (1520-1572)[8] note qu’il est aussi permis à un étudiant de pas être d’accord avec la décision de son rabbin s’il peut argumenter et soutenir son propre point de vue[9].
Le rabbin Hayyim Palachi (1788-1869), la grande autorité halakhique (de loi juive) du 19ème siècle à Izmir, écrivait que « la Torah offrait à chaque personne d’exprimer son opinion selon sa compréhension…Un sage ne doit pas se taire par respect pour les sages qui l’ont précédé s’il trouve dans leurs propos une contradiction évidente…Un sage qui souhaite défendre son point de vue contre les grands et les autorités de la Torah ne devrait pas s’empêcher de s’exprimer, ni de prophétiser mais présenter son analyse comme s’il était guidé par les cieux»[10].
Le grand sage (israélien) du 20ème siècle, le rabbin Haim David Halevy (1924-1998), déclarait que : « non seulement un juge a-t-il le droit de décider contre l’avis de ses propres rabbins mais il a aussi l’obligation de le faire. S’il est persuadé que leur décision n’est pas juste et qu’il a de solides preuves supportant son propre jugement; si la décision prise par ceux ayant plus d’autorité que lui, lui paraît mauvaise, qu’il ne se sente pas à l’aise, et que néanmoins, il l’accepte – par déférence pour leur autorité – alors, il a certainement rendu un mauvais jugement »[11].
Le Rabbi Moshe Feinstein (1895-1986)[12] rejetant une opinion du Rabbin Shelomo Kruger (19ème siècle) a écrit que : « Nous devons aimer la vérité plus que tout. »[13].
L’Orthodoxie doit encourager la recherche de la vérité. Cette recherche doit être active, vivante dans les différents courants intellectuels, et réceptive à la discussion.
Comment pouvons-nous, en tant que communauté orthodoxe combattre la tendance à l’autoritarisme et à l’obscurantisme ?
D’abord, il faut nous dresser et être du côté de la liberté d’expression.
Nous devons, en tant que communauté, encourager tous ceux qui ont des opinions légitimes à partager. Nous ne devons pas tolérer l’intolérance. Nous ne devons pas céder aux tactiques de coercition et d’intimidation.
Nos écoles et nos institutions doivent favoriser une diversité légitime dans le monde orthodoxe. Nous devons exiger une ouverture intellectuelle et résister aux efforts de ceux qui veulent imposer la conformité : nous ne nous adapterons pas aux lits de Sodome.
La communauté doit soutenir la diversité dans le cadre la loi juive afin que les individus ne soient pas intimidés, qu’ils puissent s’exprimer librement et n’hésitent pas à apposer leur signature sur un document public.
L’Orthodoxie est suffisamment vaste et importante pour englober Rambam (Maimonide 1135-1204) et le Ari (rabbi Isaac Louria Askénazi, kabbaliste, 1534-1572), le Baal Shem Tov (fondateur du hassidisme,1698-1760) et le Gaon de Vilna (sommité rabbinique qui fut un opposant au hassidisme 1720-1797)[14], le rabbin Eliahu Benamozegh (1823-1900) et le rabbin Samson Raphael Hirsch (fondateur de la néo-orthodoxie ou orthodoxie moderne, 1808-1888), le rabbin Abraham Issac Kook (premier Grand Rabbin Ashkénaze du « yishouv », communauté juive vivant sur la terre d’Israël, 1865-1935)[15]et le rabbin Benzion Uziel (premier Grand Rabbin Sépharade du « yishouv », 1880-1953), Dona Gracia Nasi (bienfaitrice des communautés juives, 1510-1568) et Sarah Schnirer (fondatrice en Pologne des écoles où les filles pouvaient étudier la Torah, 1808-1888).
Nous profitons de la sagesse et de l’inspiration d’hommes et de femmes depuis des générations et au travers de communautés de par le monde. L’étendue et la variété des différents modèles orthodoxes approfondissent notre propre religiosité et notre compréhension, et de ce fait, nous attribuent une façon de vivre dynamique et intellectuellement stimulante.
Si la communauté orthodoxe moderne n’a ni la volonté ni le courage d’œuvrer pour la diversité, qui le fera ?
Et nous ne le faisons pas maintenant, nous manquons le grand défi de notre génération.
Merci à Michel Mons pour sa traduction et à Fcb pour la relecture de ces deux articles.
Cliquez ici pour l’article original paru dans Jewishideas.org
[1] Les « mitnagdim », littéralement « ceux qui sont contre », sont les opposants au mouvement piétiste qu’est le hassidisme. Ils se présentent comme rationalistes et sont appelés également, en référence à leur origine géographique, « lithuaniens ». Hassidim et « mitnagdim » composent deux courants majeurs de l’orthodoxie et de l’ultra-orthodoxie.
[2] Voir Shmuel Trigano « Guerre de religions ? guerre culturelle ? ou reconstitution de la Cité juive » dans Où va le judaïsme ? La continuité juive face aux extrémismes, dans Pardess n° 25, Paris, 1998, p13-24.
[3] Le Pentateuque ou les cinq livres de la Torah sont lus au cours d’une année à la synagogue le shabbat au travers des différentes lections ou péricopes (« parachiyot »). Chaque lection ou passage de la Torah, porte un nom. Ici, il s’agit de « Vayera » (« Il apparut »).
[4]Le rabbin Angel précise en introduction à cette publication : « cet article fait suite à un article précédent, que j’ai publié dans Liber Amicorum, un livre composé d’essais, en honneur du Rabbin Nathan Lopes Cardozo, publié à Jérusalem, en 2006.
[5] Traité Berakhot 58a du Talmud de Babylone.
[6] Décideur (« posek ») de la loi juive et auteur d’un commentaire célèbre sur la Torah connu sous le nom de « Torat Temima ».
[7]« Dans son introduction au « Hoshen Mishpat » dans son (ouvrage juridique) « Aroukh haShoulkhan ».
[8] De son vrai nom Moses Isserles, (1520-1572) a commenté l’ouvrage de référence de la loi juive (« Shoulkhan Arouch ») en rapportant les décisions des maîtres ashkénazes.
[9] « Voir son commentaire sur « Yoreh Deah » 242 :2,3 dans le Shoulkhan Aroukh. »
[10] « Hikekei Lev sur « Orah Hayim » 6 et « Yoreh Deah » 42 (du Shoulkhan Aroukh) ».
[11] « Asseh Lekha Rav, 2 : 61 »
[12] L’un des décideurs de la loi juive les plus importants du siècle dernier.
[13] «Iggrot Moshe, « Yoreh Deah » 3:88 (du Shoulkhan Aroukh) ».
[14] Les « mitnagdim » sont aussi appelés les « litvaks ou lithuaniens ».
[15] Le rabbin A.I Kook, était orthodoxe et sioniste.
PS : Et si on dansait pour lutter contre la ségrégation sexuelle en Israël ?
Des femmes de Beth Shemesh - la ville où ont eu lieu récemment des incidents relevant de la ségrégation sexuelle (1)- ont pris l'initiative de se retrouver sur l'une des places principales de leur cité.... pour danser ! Il s'agit d'un "FlashMob", littéralement "une mobilisation éclair" dans un espace public avant de se disperser.
Ces femmes, principalement religieuses, mais aussi laiques ou traditionnalistes, se sont données rendez vous le vendredi 6 janvier 2012, pour quelques minutes. Des femmes de tout âge, petites filles, adolescentes, jeunes femmes, femmes dans la trentaine, quarantaine, "septantaine" ...
Toutes, elles dansent, elles sont belles, elles disent ainsi non à la ségrégation sexuelle qui voudrait étouffer leur voix, biffer leur corps de l'espace public et surtout, surtout promouvoir un judaisme noir et de la discorde... Elles, elles portent des habits de toutes les couleurs.... Elles dansent .... Elles sont concentrées, déterminées et gaies.
"Des femmes de Beth Shemesh dansent pour le changement" tel est le titre de cette vidéo de 2minutes 27 !
A l'initiative de Miri Shalem, Brenda Gano, Orna Nachmany, Ethy Ben-Ami Suissa, et Paz Corcus.
Production Renata Levine, directeur de la photo Josh Gold, et chorégraphie Liat Amar.
Merci à elles et à ceux qui les ont accompagnées pour cette formidable réplique de joie à l'obscurantisme !
CLIQUEZ ICI POUR LA VOIR LA VIDEO SUR YOUTUBE
(1) Voir les précédents articles sur ce sujet sur ce blog en cliquant sur le tag "ségrégation sexuelle" sur le tag (à droite).
(2) Voir un autre FlashMob sur ce même blog de la part de femmes et d'hommes pour protester contre un abus de pouvoir d'un tribunal rabbinique en Israël en matière de divorce.
La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (3). Qu’est-il possible de faire à ce sujet ?
(Photo de Marc Israël Sellem pour illustrer l'article de Hirsh Goodman " PostScript : Status quo nothing" dans le Jerusalem Post du 29.12.2011. Sur la pancarte, il est écrit en hébreu comme slogan :"Majorité silencieuse, réveillez-vous !").
Il y a eu de nombreuses réactions en Israël après les incidents qui ont révélé certains aspects de la ségrégation sexuelle dans l’espace public de ce pays.
Les pouvoirs publics l’ont condamnée par la voix du Président de l’Etat Hébreu, Shimon Perez[1] ou de son premier ministre Benjamin Nathanyaou[2], en s’engageant à faire plus vigoureusement respecter les lois qui condamnent cette ségrégation.
Les deux grands rabbins, ashkénaze et sépharade, Yona Metzger et Shlomo Amar, ont également condamné les dernières violences contre les femmes notamment dans les autobus[3].
Le monde orthodoxe s’est interrogé, en particulier sur certains blogs, sur la violence qu’il génère, suscite ou subit.
Des femmes et des hommes ont manifesté dans la rue pour exprimer leur désapprobation et soutenir l'égalité des sexes.
D’autres ont accroché des photos de femmes sur leursbalcons[4]. Bref, la société israélienne s’interroge de diverses manières sur ce vivre ensemble entre communautés.
Nous nous attachons dans les lignes qui suivent à mettre en évidence deux initiatives associatives de femmes juives orthodoxesainsi que d’une association oeuvrant pour les droits humains en Israël.
JOFA, l’association, nord américaine, de femmes juives orthodoxes et féministes, face « à l’avalanche des récents phénomènes misogynes » exprime « sa condamnation sans équivoque de ces incidents relevant de la ségrégation des sexes, de l'exclusion des femmes, et de la violence anti-femmes en Israël. ».
JOFA incite dans une campagne de emails à :
- Signer la pétition que KOLECH, l’association israélienne de femmes juives orthodoxes et féministes, a mise en ligne pour protester contre la ségrégation des genres en Israël;
Cliquez ici pour signer la pétition dont vous trouverez ci-dessous une traduction en français
- Participer à la campagne du « New Israel Fund » « pour restaurer des images de femmes sur les panneaux (publicitaires ou d’information, ndr) à Jérusalem »- alors qu’on a tenté de les biffer de diverses manières possible autant pour la publicité que pour des campagnes d’information [5] – en se prenant en photo avec une pancarte sur laquelle est inscrite « les femmes doivent être vues et entendues ». Ces photos peuvent être mises en ligne sur leur site.
Cliquez ici pour voir des exemples de photos en PDF
- Inciter le rabbin de sa communauté « à exprimer au sein de son organisation rabbinique une opposition aussi forte (que celles d’associations rabbiniques nord américaine comme RCA, UO et l'IRF) condamnant la ségrégation des sexes et l’exclusion des femmes en Israël ».
A ce sujet, rappelons la position du Grand Rabbin de France, Gilles Berheim qui a condamné les violences et les ségrégations à l’encontre des femmes tout en déplorant l’attitude quelque peu timorée de certains rabbins :
« Une partie d'entre eux ont réagi très vite contre les incidents survenus à Bet Shemesh (ouest de Jérusalem). D'autres ont fait preuve d'une trop grande prudence, comme s'ils craignaient d'apparaître comme moins orthodoxes aux yeux des autres"[6].
Cliquez ici pour voir le courriel de JOFA.
Donc, il est possible, où que vous soyez de réagir pour protester contre cette extension de la ségrégation des genres dans l’espace public en Israël.
« La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (2). Pourquoi l’actualité s’accélère-t-elle à ce sujet ? » - nous publierons ultérieurement cet article.
Sonia Sarah Lipsyc
PÉTITION CONTRE L'EXCLUSION DES FEMMES
mise en ligne par KOLECH, le forum des femmes juives orthodoxes et féministes
Depuis quelques mois, nous remarquons une tendance croissante de la ségrégation des genres.
Celle-ci va presque jusqu'à l'exclusion complète des femmes de la place publique en Israël.
Cette tendance est ressentie dans les rues des villes, au sein de l'armée, du système éducatif et même lors de cérémonies nationales.
Nous sommes très inquiet(e)s de cette détérioration qui se déroule sous nos yeux. Des évènements que nous considérions impossibles dans le passé sont, aujourd'hui, une réalité. Devant une telle situation, nul ne peut prédire où tout ceci peut mener.
L'exclusion des femmes se déploie dans une variété d'espaces publiques : autobus, rues de "Mea Shearim", (…) dispensaires de santé (…).
Comme on pouvait s’y attendre, la séparation ne se retrouve pas seulement dans les milieux ultra –orthodoxes, elle est évidente à Jérusalem où les photos des femmes ont été retirées des annonces publicitaires et des affiches.
Plusieurs incidents ont aussi démontré que ce phénomène devient de plus en plus évident au sein de l'armée.
En effet, plusieurs transferts de femmes dans des unités différentes ont été effectués pour accommoder l'arrivée de soldats religieux dans ces unités.
Certains soldats ont refusé d'écouter des femmes chanter et se sont permis de quitter la salle de spectacle, offensant de la sorte les femmes. (…).
Les voix demandant la séparation commencent à être entendues au sein du système (public) d'éducation religieuse.
En pratique, ceci se traduit par l'exclusion des femmes de la place publique : empêcher les jeunes filles de lire ou de jouer leur instruments de musique lors de certaines cérémonies en est un parfait exemple.
Un cas extrême de ce genre d'exclusion des femmes a eu lieu, récemment, lors d’une cérémonie de distributions de prix récompensant des chercheurs distingués par le Ministère de la Santé.
Il y avait deux femmes parmi les récipiendaires. À la demande des organisateurs de l'évènement, un représentant masculin s'est présenté pour recevoir le prix en leur nom.
Même leurs noms n'ont même pas été dévoilés et leur identité de femme est restée secrète.
De façon constante, la séparation se traduit par l’'exclusion des filles et des femmes des lieux publiques.
Les besoins de séparation conçus pour exclure les femmes sont souvent évoqués au nom de la Loi juive ("halakha") et sont fondés sur une interprétation unilatérale de la Loi. Interprétation qui n'a aucune considération pour la dignité humaine ou pour l’incitation (biblique) qui dit (au sujet de la Torah ndr): « Ses voies sont des voies pleines de délices, et tous ses sentiers aboutissent à la paix" (Proverbes 3 ; 17).
Nous demandons aux institutions gouvernementales, à la Knesset (assemblée parlementaire) et au système judiciaire de résister, de mettre fins aux exemples d’exclusion des femmes et d’être exemplaires.
Nous appelons les citoyens d'Israël de prendre conscience de ce phénomène et d’exprimer leur protestation de sorte que les décideurs comprennent qu’il y a un prix à payer si on souscrit aux nouvelles normes que certains groupes extrémistes se proposent d'imposer au grand public.
Du plus profond de notre inquiétude quant à la nature de l’espace publique et de la place des femmes à l’intérieur de celui-ci, nous les soussignées, souhaitons dénoncer cette tendance qui vise à rejeter pour les femmes le principe de "et Dieu créa l’être humain à son image", les percevant comme des objets sexuels ou seulement des appâts de séduction.
Cliquez ici pour la pétition en anglais et pour la signer.
Traduction de Sarita Benchimol.
[1] « PM, Peres speak out against women’s exclusion », Geer Fay Cashman, 27.12.2011, Jerusalem Post.
[2] « Netanyahu calls for aggressive action agains exclusion of women », 25.12.2011 ? JTA
[3] « Les Grands rabbins d'Israël contre la séparation hommes-femmes dans les autobus », 18.2.11, Guysen. Voir aussi « Chief Rabbi State does not belong to heredim », JPOST.COM STAFF , 12/18/2011
[4] « Battle in Jerusalem to keep poster women visible», Netta Geist, 17.11.2011, J.C Com.
[5] "Les femmes en voie de disparition à Jérusalem", Daniele Kriegel, Le Point, 07.01.2012
[6] Extrait de la dépêche AFP du 07/janvier/2012 sur le site de European Jewish Press . http://fr.ejpress.org/article/42919
La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (1)
Nous observons depuis plus d’un an, notamment au travers de ce blog, le vivre ensemble en Israël à l’intérieur même du monde religieux - entre ses différentes tendances et sensibilités, y compris au sein même du monde orthodoxe – et entre ses communautés et le monde laïque. Nous essayons également de comprendre l’influence de ce vivre ensemble ou de ses difficultés sur la diaspora juive.
Parmi les thématiques sur lesquelles nous travaillons, celle de la ségrégation sexuelle ou des genres a fait récemment la « une » de l’actualité en Israël et ailleurs.
Les faits
(panneau à Beth Shemesh demandant aux femmes de prendre un trottoir séparé et de ne pas s'approcher ou s'attarder sur les trottoirs à proximité des synagogues....)
Nous vous proposerons donc une série d’articles sur cette problématique qui se déploie dans de nombreux domaines[1] :
- Ségrégation sexuelle sur des lignes d’autobus, urbaines et interurbaines de la compagnie publique Egged.
Malgré l’arrêt de la Cour Suprême qui a déclaré illégale cette ségrégation forcée, elle se poursuit comme en témoigne la violence verbale et psychologique à laquelle s’est trouvée confrontée Tanya Rosenblit, il y a quelques semaines, lorsqu’elle a refusé d’aller s’asseoir à l’arrière de l’autobus sur la ligne Ashdod-Jérusalem[2].
- Tentative d’effacement de photos ou d’images de femmes, même si elles n’étaient pas déshabillées, sur des panneaux publicitaires ou d’information comme, par exemple, les campagnes pour le don d’organes ou pour la construction de Tramway) dans certaines villes dont Jérusalem[3]. Affiches déchirées, panneaux vandalisés voire abris de bus brûlés, autocensure des publicitaires qui, cédant aux pressions ont enlevé toute image ou photographie de femmes.
Fort heureusement, des réactions autant municipales, associatives que privées se sont exprimées. Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, a déclaré : « nous devons nous assurer que toute personne désirant afficher des photos de femmes puissent le faire sans crainte »[4]. D’autres ont manifesté ou appelé à accrocher des photographies de femmes à leurs balcons[5].
- Exclusion de femmes de certains aspects du déroulement de cérémonies officielles comme celle qui s’est tenue, en septembre dernier, sous l’égide du Ministère de la santé où des femmes récipiendaires d’un prix n’ont pas été invitées à monter sur scène[6].
- Tensions dans l’armée où des élèves officiers religieux ont quitté une cérémonie car ils ne voulaient pas entendre la voix d’une femme considéré à leurs yeux comme impudique ; d’autres soldats orthodoxes ont exprimé une réticence au fait d’être commandés par des femmes. Contrairement aux usages de Tsahal, on a demandé à des femmes de s’éloigner durant des danses collectives, au cours de festivités, à l’occasion de la fête de Souccot[7]. Et dans une lettre ouverte au Ministre de la défense, Ehud Barak et au chef d’Etat Major Benny Gantz, dix neuf généraux de réserve, se sont émus de cette situation contraire à l’esprit de Tsahal et des valeurs démocratiques d’Israël[8].
(la jeune Naama Margoulies dans le reportage de la télévision israélienne. En hébreu, " Et ce qui l'effraye le plus)
- Incidents dans la cité de Beth Shemesh, véritable laboratoire où se côtoient Juifs laïques, traditionnalistes, modernes orthodoxes et ultra orthodoxes parmi lesquels certains tentent d’imposer leurs normes avec violence. Ils refusent ainsi la présence de « Orot », un collège de jeunes filles modernes orthodoxes, de tendance religieuse sioniste, mitoyen à leur quartier, en terrorisant les élèves par des cris, des crachats, des insultes ou même des jets de sacs d’excréments. Un reportage diffusé par la 2ème chaine israélienne, il y a quelques jours, a beaucoup touché. On y voyait, notamment la jeune Naama Margoulies, 8 ans, exprimer sa terreur à la perspective de se rendre quotidiennement à son école puisqu’elle a déjà été victime de crachats et d’insultes de la part d’extrémistes[9].
- Dans certains quartiers orthodoxes de Jérusalem ou d’ailleurs : trottoirs séparés pour hommes et femmes, heures d’ouverture de magasins distincts selon les sexes, dispensaires avec salles d’attentes séparées où certains souhaitent que le médecin soit du même sexe que le patient[10]. Voix de femmes interdite sur une station de radio ultra orthodoxe « Kol Barama » autant comme journaliste, invitée ou auditrice souhaitant simplement poser une question à l’antenne ! Après une réunion de la Commission du Statut de la femme à la Knesset, la radio a accepté de laisser passer, une heure par semaine, les femmes à l’antenne…. [11] !!! Orchestre israélo-andalou à Ashdod où il n’y a plus de voix de femmes sous la contrainte de certains membres religieux du public[12]. Normes vestimentaires (port de robes et de chemises à manches devant couvrir les coudes) imposées à des employées de SuperPharm et d’Optica Halperin à Sdérot dans le sud d’Israël, suite à un accord avec les dirigeants de ces entreprises ainsi qu’avec une dizaine d’autres et Mimaamakim une association orthodoxe qui menaçait de boycotter ces magasins s’ils ne se conformaient pas à leurs demandes. Elle leur octroie d’ailleurs un certificat de cacherout qui déclare la conformité du magasin avec les normes de la décence vestimentaire du monde orthodoxe[13]. Il existe même dans certains quartiers des ligues de défense de « vertu » comme la « National Council for the Prevention of obscene and abominable advertising in the Holy Land »[14]. Maire d’une ville, ministre des Finances, P.D.G d’une grande banque qui acceptent de parler devant des publics où les femmes sont exclues, milieu d’affaires qui refusent des femmes à leurs forums[15], etc.
(Femmes protestant à Jérusalem contre la ségrégation sexuelle. En hébreu, sur la pancarte : "Etre une femme n'est pas une honte". Photo de Gili Yaari pour le Jerusalem Post du 16.11.11)
Les exemples sont multiples et l’on sait que lorsque le fondamentalisme frappe – quel que soit la religion ou le point du globe - ce sont les femmes qui sont touchées en premier !
Sonia Sarah Lipsyc avec la collaboration pour la recherche, la traduction et la correction de Yael Soussan, Michel Mons et FBC.
Prochains articles :
- La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (2). Pourquoi l’actualité s’accélère-t-elle à ce sujet ?
- La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (3). Qu’est-il possible de faire à ce sujet ?
[1] Nous ne donnerons généralement, dans les lignes qui suivent, qu’une ou deux références par sujet qui renvoient aux médias israéliens, en hébreu ou en anglais, et internationaux. D’autres références seront mentionnées dans les articles à venir.
[2]Nous nous permettons de renvoyer à notre article dans le présent blog. SSL, « Existe-t-il une ségrégation sexuelle dans les bus en Israël 1 et 2 », 21 mars 2011. Voir aussi Tanya Rosenblit, “I won’t sit at the back of the bus”, 1812.11. Ynews. http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4163399,00.html
[3] Voir “Jérusalem la cite sans femmes ?”, Justine Augier, 2 décembre 2011, Magazine Elle p 30-31.
[4] “Battle in Jerusalem to keep poster women visible”. Netta Gesit. 17.11.11, The Jewish Chronicle.
[6] Voir “L’exclusion des femmes se déroule aussi dans le système de santé ?”, Nourit Vagner, 11.12.11, Kolech (en hébreu).
[8] Voir « Top IDF officers urge Barak to fight religious discrimination of women”, Amos Harel, 14.11.11, Haaretz
[10] Voir “Gender segregation on rise in Israel”, Amy Teibel, 8.11.11, The Gardian.
[12] Voir “As ultra-Orthodox flex muscle, Israel Feminist see a backsliding”, Edmund Sanders, Los Angeles Times, 12.11.11.
[13] Voir “Dozens of Israeli businesses sign modesty agreement after ultra-Orthodox push”
Yanir Yagna, 12.12.11, Haaretz. Notons que le manager local, Mr Weiselberg, de la célèbre chaine de livres Steimatzky n’a pas voulu signer cet accord.
[14] Se cf.“Advertisers fold to ultra-Orthodox pressure against “obscene” poster campaigns.” Tamar Roten, 14.11.11. Haaretz.
[15] Voir « Male-Only Economics Conference Raises Difficult Questions »Allison Kaplan Sommer, 15.07.11, Forward, blog sisterhood
KOLECH, le forum des femmes juives féministes et orthodoxes (I)
(sigle de Kolech). Kolech, littéralement « ta voix », en hébreu est une association de femmes juives orthodoxes et féministes. La cohabitation de ces termes pourrait étonner et pourtant des initiatives et organisations qui œuvrent à l’équité dans ce sens ainsi qu’à l’égalité des femmes et des hommes au sein du judaïsmeorthodoxe, existent maintenant depuis des décades dans le monde juif. « En 1998, a été fondé à Jérusalem en Israël, le forum Kolech par un petit groupe de femmes religieuses, érudites, profondément attachées à la tradition juive orthodoxe et aux textes, et strictes observantes de la loi juive (« halakha ») mais cependant conscientes d’un décalage allant en grandissant entre la place qu’elles occupent dans leur vies professionnelles et dans tous les domaines de la société en générale (science, éducation économie, politique et droit) et une totale absence de leur représentation dans le domaine religieux (…) Ces femmes, parmi lesquelles Hanna Kehat et Ruth Halperin Kadari, ont ressenti un très fort besoin de partager leurs réflexions, leurs pensées et leurs impressions » écrit Rina Klein, l’une des milliers de femmes qui ont rejoint Kolech[1]. Depuis Kolech qui a créé des branches dans da’utres villes d’Israël comme Tel-Aviv, Petah Tikva, Moddin etc…agit sur le plan pratique et théorique. Cette association, qui possède un site internet très actif comme celui de JOFA, son équivalent comme groupe juif orthodoxe et féministe aux USA, publie notamment chaque semaine un feuillet distribué dans plus des centaines de synagogues qui met en exergue des paroles de femmes sur les passage de la Torah, organise des cours de leadership pour les femmes avec l’Université religieuse de Bar Ilan ou, comme l’écrit encore Rina Klein, a mis sur pied « une exposition architecturale de maquettes de synagogues avec une organisation égalitaire de l’espace, tout en répondant aux exigences de la loi juive »[2]. Kolech aide également des femmes « agounot » c'est-à-dire en attente de leur acte de divorce juif (« guet ») qui ne peut être octroyé que par les maris, en mettant à leur disposition des avocates ou conseillères auprès des tribunaux rabbiniques. Kolech porte aussi assistante à des femmes victimes de violences ou de harcèlement sexuel dans les milieux pratiquants. Elles établissent un dialogue avec les autorités rabbiniques en essayant de trouver des dispositifs qui permettrait d’abolir quelques iniquités concernant les femmes comme, par exemple, l’accord prénuptial qu’il est conseillé au couple de signer avant un mariage[3].
Kolech s’illustre aussi par son forum de discussions, débats, conférences, évènements. L’organisation de son symposium tous les deux ans à Jérusalem est l’occasion de faire le point sur les avancées des droits des femmes dans le judaïsme et la prise de conscience de ces thématiques dans le monde juif orthodoxe. Car ces femmes sont insérées dans le tissu social orthodoxe, elles ont des pères, des maris, des fils, des frères, des neveux, des filles, des sœurs, etc. Leur questionnement est donc relayé dans le monde juif. Nous vous proposons ci-dessous la traduction partielle d’un article écrit par Elena Sztokman qui a assisté au dernier symposium de Kolech. Ce symposium touchait à des sujets encore quelques peu tabous comme l’homosexualité féminine dans les milieux orthodoxes ou la transexualité mais aussi au dialogue entre femmes musulmanes féministes et femmes juives orthodoxes féministes.
(Etre une femme juive, actes du 4ème symposium de Kolech, Jérusalem, 2007). Comme tous les autres symposiums de Kolech, il sera probablement publié mais sans doute pas avant le prochain en 2013.
Sonia Sarah Lipsyc
[1]« Kolech : un forum de femmes orthodoxes fémnistes » dans Quand les femmes lisent la Bible, sous la direction de Janine Elkouby et Sonia Sarah Lipsyc, ed. In Press, Paris, 2007 p 167-169.
Septième symposium de KOLECH à Jéusalem, le forum des femmes juives orthodoxes et féministes (II)
LES FEMMES ORTHODOXES "PASSENT PAR DESSUS LES BARRIÈRES" LORS DE LA CONFÉRENCE DE KOLECH par Elena Sztokman (cliquez ici pour l'article original).
Cette année, la conférence de Kolech, le forum féministe orthodoxe d’Israël, portait sur des sujets de pointe dont l’homosexualité, la place des femmes transsexuelles dans l’orthodoxie et les modes de vie communs aux femmes religieuses juives et musulmanes.
(Photo trouvée sur le site de Kolech) Lors de cette conférence qui s’est déroulée à Jérusalem (…), le panel sur l’homosexualité incluait une lesbienne israélienne qui a été élevée dans un milieu orthodoxe, une femme née garçon et provenant d’une famille orthodoxe ainsi qu’une femme orthodoxe dont le fils est homosexuel. Le rabbin Dr Haviva Ner David[1], qui a publié plusieurs écrits sur sa vie de famille en parlant de son frère homosexuel a déclaré : “J’ai été agréablement surprise de constater que ce genre de session ait été incluse dans le programme de cette conférence. Je craignais que peu de monde y assiste étant donné la portée relativement radicale des sujets traités. J’ai été d’autant plus surprise de voir, à mon arrivée, que la salle était comble et que le public exprimait soutien et solidarité et démontrait du respect pour les membres de la table ronde. Il semblerait que communauté soit disposée à mettre fin à certains préjugés concernant des thèmes qui, jusqu’à aujourd’hui, étaient gardés sous silence. En sortant de la séance sur la sexualité et presque en rougissant, Irit Glanz, (une participante) a déclaré : “Ils abordent tous les sujets et je veux dire vraiment tous les sujets. Je n’ai pas pu assister à cette séance car j’en présidais une autre qui portrait sur l’évolution des coutumes ayant trait au bain rituel (« mikveh ») (…). Les panelistes ont discuté des problèmes que représente pour les femmes la pratique du « mikveh » (…)[2].
(photo du Jerusalem Post d'une conférence à Kolech en 2009)
La séance la plus étonnante à laquelle j’ai assistée est celle où Léah Shakdiel a invité des femmes musulmanes féministes du Neguev. Celles-ci font parties d’un groupe de dialogue de femmes religieuses juives et musulmanes. J’ai été captivée par le débat qui comparait les tribunaux pratiquant la « charia » (loi musulmane) avec le système des tribunaux rabbiniques (« beit din ») ainsi que par la discussion sur la lutte que les deux groupes de femmes mènent contre l’obligation de se couvrir la tête et le corps. Les commentaires pleins d’esprits faits par les femmes qui ne craignaient pas d’exprimer leurs pensées étaient très rafraichissants.
Dr Hannah Kehat, la fondatrice de Kolech, explique que du fait qu’elle habite le Gouch Etsion, un territoire de la côte ouest établi depuis longue date (territoire perdu par les israéliens durant la guerre de 1948 et reconquis en 1967, ndlr), elle s’attendait (…) à être cataloguée "d’ennemie". Cependant, dès le début du dialogue elle s’est rendue compte que " les femmes musulmanes religieuses du groupe lme percevaient comme leur alliée naturelle. Ce, du fait que je comprend - mieux que les profanes musulmans, mieux que les profanes féministes juives et mieux que les hommes- les difficultés auxquelles elles sont appelées à faire face. Je suis dans la même situation qu’elles. Je vis comme pratiquante en tant que femme du monde parmi des gens qui ne comprennent pas toujours ce que je fais. Je me débats contre l’imposition d’une culture profane. Souvent, nous nous rendons compte que nous avons un langage commun qui dépasse la rhétorique de la guerre et l’ethnicité qui nous entourent¨. (…).
Article traduit par Sarita Benchimol, notes de SSL.
[1]Aviva Ner David est l’une des rares femmes à avoir reçu une ordination (« semikhah ») de rabbin dans le monde juif orthodoxe. Elle est l’auteur notamment de Life on the Fringes: A Feminist Journey Towards Traditional Rabbinic Ordination, JFL books, 2000.
[2]Sur le sujet, les manières dont les femmes vivent leur expérience au bain rituel obligatoire dans la loi juive à la fin de ses règles avant de reprendre une vie conjugale, voir le beau film de Anat Zuria : Purity, Israël, 2002.
Un Centre d'études juives ouvert, interdisciplinaire et pluraliste à Montréal
(Sonia Sarah Lipsyc donnant cours à Aleph. Photo de Robert Zamler). Il existe depuis plus d'une dizaine d'années, en Israël, aux U.S.A, en France, au Canada et maintenant à Montréal, des centres d'études juives ouvert à tout un chacun(e) qui présentent le judaïsme dans sa pluralité et l'aborde dans une interdisciplinarité. Ces centres ont pour but de mettre à la portée de chaque Juif(ve) ce qui lui appartient déjà mais qu'il ou qu'elle ne connait pas encore ou pas suffisemment. Et lorsque l'on sait que le processus d'étude dans le judaisme dure toute une vie.... Ces centres comme Ellul, Panim ou Alma en Israël ou le Collège des Etudes Juives de l'Alliance Israélite Universelle en France, ont le souci de placer l'étude des textes traditionnels du judaisme (Thora, Talmud, Kabbale) au coeur de leur programme mais sans s'ingérer dans la vie religieuse, spirituelle ou rituelle de son public. Dans ce sens, ce ne sont pas des centres d'études religieuses. De plus, l'approche est interdisciplinaire et plurielle c'est à dire ouverte aux différents courants du judaisme (orthodoxe, conservative, reconstructionniste, réformé et renewal) et aux différentes sensibilités à l'intérieur même de ces courants (par exemple moderne orthodoxe, traditonnaliste ou autre à l'intérieur même du mouvement orthodoxe). Il va sans dire que l'accès aux textes est égalitaire, que les hommes et les femmes étudient ensemble et que ces centres sont ouverts à toute personne philosémite quelle que soit sa traditon d'origine.
J'ai le plaisir et l'honneur d'avoir créé et de diriger l'un de ces centres à la demande de la Communauté Sépharade Unifiée du Québec dirigée par Robert Abitbol et présidés par David Bensoussan et actuellement par Marc Kakon.
"Depuis sa fondation, au printemps 2009, le Centre ALEPH d’Études juives contemporaines de la Communauté sépharade unifiée du Québec a connu un essor important. Sa fondatrice et directrice, la Dr Sonia Sarah Lipsyc, universitaire française spécialisée dans l’Étude du Judaïsme et Docteure en Sociologie, nous a brossé au cours d’une entrevue un bilan des deux années d’activités de ce Centre d’Études juives francophones. (...)"
Pour lire la suite de cet article d'Elias Lévy dans le Canadian Jewish News (CJN), édition du 18 aout 2011, cliquez ici.
Combien d'heures par semaine travaillent les hommes et les femmes du monde ultra orthodoxe en Israël ?
( Source de la photo : http://www.zimbio.com/pictures) Une étude récente menée par the Taub Center for Social Policy Studies en Israël montre que les hommes israéliens travaillaient sensiblement moins d'heures en 2009 qu'en 1999. "Parmi eux, les hommes du monde "haredi" (ultra orthodoxe), travaillent 20% moins d'heures par semaine que la population masculine israélienne. Alors que la moyenne d'heures des hommes ultra orthodoxes par semaine, en 1999 , était de 42,5 heures, elle est tombée pour eux à 37,5 en 2009".
En même temps, relève Eyal Kimhi qui a mené l'enquête :
- " (...) le nombre d'enfants du milieu "harédi" (ultra orthodoxe) et le taux de pauvreté continuent de croître. Les enfants du milieu "harédi" représentent aujourd'hui 1/5 des élèves inscrits des écoles primaires. Leur inscription a ainsi augmentée de 51% durant la seule dernière décennie.
- (...) pendant ce temps, les heures de travail des femmes juives israéliennes n'ont pas diminué que ce soit dans le monde "harédi" ou non. " Ces heures ont au contraire augmenté d'une heure, environ 37,8 heures pour les femmes alors qu'elles sont de 29,7 heures pour les femmes ultra orthodoxes.
Source : Shira Poliak, "Israeli men working less than they did a decade ago", Jerusalem Post, 28.07.2011
PS. Ce que ne dit pas l'article au sujet de cette enquête c'est, par exemple, quel est le pourcentage d'hommes ultra-orthodoxes qui travaillent et sont insérés dans le marché de l'emploi en Israël. La notion de travail pour les hommes et surtout pour les femmes est ici circonscrite au monde du travail. Elle ne prend pas en compte évidemment le temps passé à l'éducation des enfants, l'entretien du foyer, la cuisine, etc.
Sonia Sarah Lipsyc
Deux propositions de loi pour accélérer les procédures de divorce religieux auprès des tribunaux rabbiniques en Israël
Deux propositions de loi proposées à la Knesset, Parlement israélien, inciteraient les Tribunaux rabbiniques à se mobiliser davantage et leur accorderaient plus de moyens légaux afin d’aider les femmes à obtenir leur divorce religieux (« guet »).
(Acte de divorce juif rédigé par un scribe. Photo prise sur le site de http://www.bethdin.org/)
Dans la loi juive (« halakhah ») c’est le mari et non un Tribunal civil ou rabbinique qui prononce ou accorde le divorce religieux (« guet »). Si l’homme refuse de donner le « guet » à son épouse, celle-ci devient une « agounah », littéralement une femme ancrée à son statut marital pour une période qui peut-être indéterminée[1].
Certes, la femme peut, elle aussi, initier cette procédure de divorce religieux, en demandant le « guet » à son mari, auprès d’un Tribunal rabbinique. Elle peut également refuser le « guet » mais dans un cas comme dans l’autre – refus du mari de donner le « guet » ou refus de l’épouse de l’accepter - les conséquences ne sont pas les mêmes pour l’homme et pour la femme.
En effet, lorsque l’époux n’accorde pas le divorce religieux à sa femme ou que celle-ci le refuse, l’homme peut avoir des rapports affectifs et sexuels avec une autre femme non mariée, cette relation ne sera pas sanctionnée comme un acte adultérin. Et si des enfants naissent de cette union, ils ne seront pas considérés comme illégitimes (« mamzérim ») ; statut qui les empêcherait de se marier avec d’autres Juif(ves).
Par contre, l’inverse n’est pas vrai, autrement dit, si une femme attend le divorce religieux que son mari ne lui accorde pas ou si elle refuse d’accepter le « guet » : elle ne peut avoir de relations affectives et sexuelles avec un autre homme à moins de commettre un acte adultérin. De surcroît, des enfants nés de cette union seraient considérés comme illégitimes (« mamzérim »).
Il faut ajouter à cette dissymétrie originelle de la loi juive que l’homme doit donner le « guet » de son plein gré et non de façon forcée. A défaut de quoi, le « guet » serait invalide !
Quelle est cependant la marge de manœuvre d’un Tribunal rabbinique dans cette situation inégale pour les femmes ?
Il peut convoquer les époux et faire connaître son avis, notamment demander à l’homme d’accorder le « guet » à sa femme. Il peut également user de diverses incitations voire de pressions pour que ce dernier se range à la raison et non à la cruauté.
Tout au long de l’histoire juive, les Tribunaux rabbiniques – certains plus que d’autres – ont essayé de mettre en place des dispositifs afin de faciliter l’octroi du « guet ».
Mais la réalité est là : de par le monde les femmes « agounot », à qui les maris refusent de donner le « guet » même si le divorce civil a été prononcé par une Cour civile, se comptent par milliers. (Cliquez ici pour accéder au site de ICAR : The International Coalition of Agunah Rights qui regroupe des associations qui luttent pour trouver des solutions aux problèmes des femmes « agounot », l’un des plus cruciaux du judaïsme contemporain).
Deux propositions récentes, à l’initiative de députés israéliens et d’associations, adoptées par le Comité de droit de la Knesset, incitent les Tribunaux rabbiniques à davantage se mobiliser pour que les femmes obtiennent leur divorce religieux et mettent à leur disposition les moyens d’accélérer les procédures du « guet ». Nous nous référons à un article de Jonah Mandel et Ruth Elgash, paru le 5 juillet dernier dans le Jerusalem Post, pour vous présenter ces deux projets de loi (cliquez ici pour l’article original en anglais).
La première proposition de loi a été déposée par le député Othniel Schneller du parti centriste Kadima. Elle a été initiée par l’ONG « Mavoh Satum » - littéralement « impasse », association qui s’occupe à plusieurs niveaux d’aider les femmes « agounot » à obtenir le divorce religieux - dirigée par l’avocate Batya Kahana-Dror, rédactrice de cette proposition. Elle stipule que lorsqu’une Cour rabbinique a ordonné au mari de donner le « guet », elle doit le convoquer en audience dans les 45 jours qui suivent sa décision. Elle inclut également des sanctions que le Tribunal rabbinique pourrait prendre en cas de refus du mari à donner le « guet » à sa femme ; sanctions qui s’appliqueraient immédiatement.
La seconde proposition déposée par le député Zevulun Orlev du parti Habayit Hayehoudi (« la maison juive », parti national religieux) secondé par le Centre Rackman pour l’avancement des femmes et dirigé par Ruth Halperin-Kadari de l’Université religieuse de Bar Ilan, tend à renforcer ces mesures tant au niveau de la convocation automatique des époux ou ds maris récalcitrants que de l’application immédiate à leur encontre.
On le voit, ces deux propositions complémentaires, l’une soutenue par une association laïque et l’autre par un centre d’études juif religieux, accorderaient plus de pouvoir au Tribunal rabbinique mais l’obligerait aussi à agir avec plus de diligence à l’égard des femmes « agounot » qui vivent des souffrances durant des mois ou des années. A leurs solitudes, s’ajoute parfois inexorablement l’horloge du temps qui peut empêcher celles qui le souhaitent d’avoir à nouveau des enfants.
« Ensemble, ces deux projets de loi obligeront les Cours rabbiniques à établir une date pour l’octroi du divorce et à entamer les procédures d’imposition de sanctions dans les cas de refus par les maris. En 1995, une loi a été adoptée permettant aux Cours rabbiniques d’imposer des sanctions cependant, des recherches effectuées par le Centre Rackman, montrent que ces sanctions ne sont appliquées que dans 1 à 2% des cas alors qu’un rapport émis par le bureau du Contrôleur de l’État, démontre que l’imposition de sanctions donne de très bons résultats (…). D’après Batya Kahana-Dror, une femme sur cinq demandant le divorce peut, en fait, être considérée comme étant enchainée (« agounah »). ». Elle déclare également que, même si ces propositions sont encore insuffisantes, « elles représentent une étape dans la bonne direction ».
Car, comme le relèvent les auteurs de l’article « cette loi va améliorer la situation car les Rabbins seront obligés d’établir des audiences et de faire des suivis pour chaque cas de divorce. »
Ce sera déjà là un grand pas…
Sonia Sarah Lipsyc avec la collaboration de Sarita Benchimol pour la traduction des citations de l’article original et celle de FCB pour les corrections d'usage.
(Pour plus d’informations sur le « guet » voir notre « Guide du divorce religieux en France, cliquez ici).




