Dans l’article ci-dessous, nous reprenons différents posts mis en ligne sur notre page facebook, que nous élaguons au étayons,  au sujet du mariage pour tous et de la société juive.

Le rabbin Ya'akov Yosef, fils de l'ancien Grand Rabbin séfarade d'Israël a rendu une décision halakhique (de la loi juive) interdisant de prendre des leçons privées avec des enseignants homos (Post du 30.12.12)[1].

Mais il faut relever que même la puissante Association internationale de psychanalyse (IPA) fondée par Freud n’a accepté, il n’y a que 11 ans, que la « règle orale », non approuvée par le père de la psychanalyse, qui interdisait aux personnes homosexuelles d’être psychanalystes soit officiellement abolie. C’est ce que souligne notamment, à l’heure du débat en France sur le mariage pour tous, un remarquable article[2] d’une psychanalyste, Annie Fortems, dont nous publions ci-dessous un extrait. Elle rappelle ce qui a longtemps été un tabou dans l’institution psychanalytique freudienne et sur lequel l’historienne et psychanalyste (juive) française Elisabeth Roudinesco, soutenant le mariage pour tous, avait déjà levé le voile : Anna Freud, la fille et héritière (en matière de psychanalyse) de Freud, spécialiste de la thérapie pour enfants, a vécu 55 ans avec une femme Dorothy Burlhingam… Elle a élevé avec elle ses enfants et le patriarche Freud acceptait cette famille homoparentale. 

annadorothy(Anna Freud et sa compagne Dorothy Burlingham en 1972 à Vienne. Photo  de (Wiener Psychoanalytische Akademie) prise sur le site Rue 89)

« Nous voyons les opposants convoquer les écrits de Freud pour étayer leur argumentation : Freud serait homophobe et la psychanalyse condamnerait l’homosexualité. Ce sont des contre-vérités. (…) pour la première fois, une historienne éminente de la psychanalyse reconnaît la relation homosexuelle qui a existé entre Anna Freud et Dorothy Burlingham (…). Elisabeth Roudinesco a réitéré ses affirmations devant les parlementaires, mais là sans aucune pondération. Elle a déclaré que Freud "a accepté dans sa vie que sa fille Anna élève les enfants de sa compagne et il a considéré qu’il s’agissait là d’une famille : ce sont ses mot ". Il a fait la démarche d’accepter et de soutenir Anna, et d’accueillir sa compagne et ses enfants. Avec les mots d’aujourd’hui, on pourrait dire que Freud a non seulement accueilli la famille recomposée et homoparentale de sa fille, mais qu’il a œuvré pour que Dorothy obtienne la garde des enfants et qu’Anna ait ainsi le statut de «beau-parent» des quatre enfants de sa compagne Dorothy Burlingham, et cela pendant 55 ans.»
L’article souligne également, l’attitude réactionnaire de l’institution freudienne,
«(…) la puissante Association internationale de psychanalyse (IPA), fondée par Freud, décida en 1920 contre l’avis de son fondateur la « règle orale », qui interdisait aux personnes homosexuelles d’être psychanalystes. Ce n’est qu’en 1973 que l’homosexualité a été supprimée de la liste des pathologies dans le Discorder Statistical Manual (DSM), le manuel américain de référence en psychiatrie. Et c’est en 1999 (année du PACS en France), lors du congrès de Barcelone, que l’IPA a pu dépasser son « surmoi institutionnel » grâce à la fronde des psychanalystes homosexuels américains qui ne supportaient plus ce secret. Ce n’est enfin qu’en 2001 que l’IPA supprimera officiellement la « règle orale », et inscrira dans ses statuts la règle de non-discrimination.(les orthodoxies…) ». 
Finalement tous ces progrès sont finalement assez récents….

Alliance(Echange d'alliance entre deux hommes. Photo priseparKenzo sur le site de directmatin)


En tout cas, rien n’autorise à convoquer la psychanalyse, comme l’a fait encore récemment le Grand Rabbin Gilles Bernheim, pour condamner le mariage civil pour tous en France.A ce sujet, nous renvoyons à l’excellente réponse du rabbin Yeshaya Dalsace, «La loi sur le mariage homosexuel et le judaïsme» qui donne le lien également avec le texte du Grand Rabbin de France. Le rabbin « conservative » (l’un des quatre courants non orthodoxes du judaïsme) Dalsace s'indigne contre le fait que le GR Bernheim s'exprime sur une loi civile. Mais surtout le premier mérite de son texte est de montrer la pluralité du judaïsme y compris en France, le deuxième de faire un état de lieux des réflexions des judaïsmes sur la question de l’homosexualité, le troisième de souligner la diversité des questionnements sur un certain nombre de thématiques (filiation, etc..). Nous sommes particulièrement sensible aux notes qui montrent combien les Juifs ont souvent été du côté des parias et de l’inventivité. Il apparait ainsi au terme de la démonstration que le GR Bernheim a eu tort de s’exprimer au nom "du judaïsme religieux" en le présentant de façon monolithique occultant, une fois de plus,les autres sensibilités du judaïsme toutes aussi légitimes et qui se questionnent différemment sur le sujet. Le Grand Rabbin Bernheim n’a pas voulu, et de façon paradoxale, se placer sur le terrain du religieux. L’homophobie propre à certains textes du corpus juif aurait-elle été trop lourde à assumer dans la cité ? Le G.R a préféré convoquer notamment les sciences humaines ou la psychanalyse. Or ces disciplines est divisées sur le sujet….comme le montre, par exemple, le texte que nous venons de citer (Post du 08.01.2013)

Pour en savoir plus sur le sujet, voir aussi Hervé Elie Bokobsa, «Homosexualité et Halakha( "loi juive")» 19.12.2012.

 o_BAISER_LESBIEN_570(A Marseille deux jeunes femmes s'embrassent au cours d'une manifestation contre le mariage pour tous, photo prise sur le site d'Huffington)

C’est une première…Un tribunal rabbinique de Rishon Letsion (Israël) a décrété qu’un mari ne devait pas verser de pension alimentaire à son ex épouse car celle-ci lui avait été infidèle….en ayant eu une relation avec une autre femme. En quoi, est-ce une première ? Dans le fait qu’une autorité halakhique (de la loi juive) appréhende au même niveau une relation homosexuelle et hétérosexuelle. En effet, jusqu’à présent, la loi juive tout en jugeant une relation saphique comme un acte de dévergondage ne la condamnait pas de la même manière qu’une relation entre deux hommes car elle ne considérait pas… qu’il y avait un acte sexuel entre deux femmes… Cette décision du tribunal rabbinique, qui pour certains[3] n’aurait pas d’appui halakhique ouvre donc la porte à d’autres interprétations. Certains pensent que ce tribunal a agi de la sorte pour punir la femme d’avoir persisté dans sa relation malgré ses engagements dans une thérapie familiale. Quoi qu’il en soit, la femme se tournera vers un tribunal laïque pour essayer de percevoir une pension alimentaire pour elle et ses enfants. Rappelons qu’un divorce ne peut être prononcé que par un tribunal rabbinique – ce qui fut fait ici- mais que la décision de pension alimentaire peut l’être éventuellement par un tribunal civil. (Post du Jeudi 10.01.2013)

Source de l'articleDovid Schwartz, “In Groundbreaking Decision, Rabbinic Court Equates Lesbian and Heterosexual Relations”, JewishPress, 27.12.12.

 Pour en savoir plus sur le sujet, voir Martine Gross, "Judaisme et homosexualité féminine", l'un des 21 textes de "Femmes et judaismes aujourd'hui", édition In Press, Pars, 2008. 

CorbinSeligman(Corbin Seligman et ses amis, photo prise sur le dite du CJN)

« La dernière chose que  le jeune Corbin Seligman voulais faire était de sortir avec un homme qui ne soit  pas juif. ». Cet agent immobilier de Toronto ajoute "J'ai toujours plaisanté à ce sujet, mais je ne plaisante qu’à moitié lorsque  je dis que je veux un médecin juif". Alors il a eut l’idée de créer un évènement, il y a trois ans, pour que des Juifs homos puissent se rencontrer. Il s’attendait pour la première manifestation à ce qu’une dizaine de personnes arrive, 150 personnes se sont présentées. Depuis, il y a quatre manifestations par an… "Je veux être en mesure d'équilibrer mon identité juive avec mon orientation sexuelle", at-il dit, "et je pense que ces événements me permettent de faire exactement cela en aidant d’autres à en faire de même." Cet article est paru dans l’honorable hebdomadaire CJN (Canadian Jewish News) de cette semaine, Vicky Tobianah, "Toronto Group brings gay Jewish men together", 05.01.12

Rappelons que les mariages de même sexe existent dans l’ensemble du Canada depuis 2005 comme aux Pays-Bas (2001), en Belgique (2003) et en Espagne (2005).

Au sein de la communauté juive de Montréal, des mariages de même sexe ou des bénédictions religieuses sont célébrées, par exemple, au sein de la Congregation Reconstructionniste « Dorché Emeth ». Et la congrégation libérale du « Temple Emmanuel Beth Shalom» a recruté comme rabbin, en 2012, une femme Lisa Grushcow venue avec sa conjointe et leurs deux enfants.Voir à ce sujet "Une femme rabbin et lesbienne nommée à la tête d'une importante congrégation juive libérale du Canada" (Post du 13.01.13)

Pour en savoir plus sur des manifestations de même genre en France, voir le site du Beit Haverim.

Car article reprend 4 posts de la page Facebook "Judaismes et questions de société" que vous pouvez rejoindre en cliquant ici.

Sonia Sarah Lipsyc