26 janvier 2013

Un membre de la communauté hassidique Satmar condamné pour abus et violence sexuels à New York

Weberman(Nechemya Weberman au cours de son procès.Robert Stolarik for The New York Times)

Nechemya Weberman, 54 ans, membre de la communauté hassidique de Satmar à New York, reconnu coupable en décembre dernier, d’agression sexuelle contre une jeune fille, sous le coup de 59 chefs d’accusation, a été condamné le 21 janvier dernier,  à 103 ans de prison. Conseiller spirituel, il pratiquait la thérapie sans diplôme, et a abusé de la jeune Krausz, l'une de ses patientes, durant des années alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans.

Il est très rare dans les communautés juives ultra-orthodoxes, notamment hassidiques, que des membres se tournent vers les tribunaux civils pour déposer des plaintes contre d’autres membres, surtout en ce qui concerne les abus sexuels ou les violences conjugales. Ces « affaires » se traitent à l’intérieur de la communauté ou sont étouffées. Ce qui prédomine malheureusement, le plus souvent c’est la loi du silence et la préservation du groupe au détriment donc des victimes.

D’ailleurs en juin 2012, quatre hommes de la communauté Satmar avaient été arrêtés  pour avoir tenté de réduire au silence le témoignage des plaignants en leur offrant 500,000$. Et des levées de fond importantes avaient été organisées pour la défense de l’agresseur présumé.

Le procureur fédéral de Brooklyn, Charles Hynes, avait souligné que « la victime avait montré beaucoup de courage en décidant de parler (…). Nous espérons que ce verdict fera comprendre à d’autres femmes qu’elles peuvent aussi parler ».[1] Et le juge John G.Ingram, de la Cour Suprême, qui a prononcé la sentence, - l’une des plus dures que permet la loi américaine et une première à l'encontre de la communauté Satmar en la matière -, a déclaré avant de souligner le courage de la jeune victime : « Le message doit parvenir à toutes les victimes d'abus sexuels que leurs cris seront entendus et que justice sera faite »[2].  La jeune Krausz, qui depuis a refait sa vie, a quitté son ancien quartier et s’est mariée, même si elle continue à être harcelée par des membres de la communauté Satmar qui soutiennent toujours l’agresseur, s’est dite soulagée,  selon son mari qui a ajouté que son agresseur  ne sera plus en mesure d’agresser quelqu'un d'autre."[3].

R(Rabbin Nuchem Rosenberg)

De plus en plus de voix s’élèvent dans ces milieux pour casser cette chape de silence qui protège les criminels et détruisent les victimes. Le rabbin orthodoxe Nuchem Rosenberg est l’un d’entre eux. Il se bat depuis des années pour venir en aide aux victimes d’abus et d’agressions sexuels. Il a d’ailleurs a été attaqué, il y a quelques semaines, dans le quartier où il vit à Brooklyn, par un homme qui lui a jeté au visage de l’eau de javel[4]. Le rabbin a été soigné pour brûlures sur son visage, autour des yeux et sur son œil gauche. « Il pense que cette agression a été commise en représailles de son soutien à la victime de Weberman »[5]. Le rabbin Rosenberg se déplace dans de nombreuses communautés orthodoxes pour briser le tabou du silence autour des agressions sexuelles. Il a créé un site web, un blog afin que les victimes puissent s’exprimer ainsi qu’une ligne téléphonique pour leur venir en aide[6].

Sonia Sarah Lipsyc

Cet article reprend  un post de la page Facebook "Judaismes et questions de société" que vous pouvez rejoindre en cliquant ici.


[2]Sharon Otterman, “Therapist Sentenced to 103 Years for Child Sexual Abuse”, NYT, 22.01.2013 

[3] Ibid

[4]Adam Chandler, "Nechemya Weberman Gets A Century in Jail",TabletMagazine, 22.01.2013

[5](News in brief), “Bogus Therapist Convicted of Sex Abuse”, CJN, 20.12.2013

[6] Ibidem.

 

Posté par JEQDS à 09:45 PM - - Permalien [#]
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19 janvier 2013

Les sondages d'opinion en Israël prédisent une augmentation importante d’élus orthodoxes

Homme_religieux_devant_affiches(Homme orthodoxe sous les affiches du rabbin Ovadia Yossef leader du parti Shass, tirée du site Jewish Journal)

Les sondages d'opinion en Israël pronostiquent une augmentation importante d’élus orthodoxes dans la prochaine Knesset, après les élections de la semaine prochaine. Ils passeront de 25 sièges actuellement à 40 sur 120.«Même si la tendance n’est pas nouvelle» comme le rappelle Tamar El Or, anthropologue à l’Université Hébraïque de Jérusalem, « un Parlement plus teinté religieusement risque de conduire à une montée du racisme, du séparatisme et à moins de démocratie »[1]. Ces craintes sont partagées par l’ensemble du monde laic. Mais David Stav, un rabbin orthodoxe modéré, en lice pour être l’un des futurs Grands Rabbins de l’Etat hébreu,  affirme que « ces appréhensions sont exagérées et qu’Israël ne va pas être une théocratie (…) car la plupart des politiciens religieux sont engagés dans un Etat juif et démocratique et ne veulent pas exercer une coercition sur les autres»[2].

Sondages(Dessin qui montre les pronostics des votes tiré du blog de Benillouche.De gauche à droite : Likoud, Parti travailliste, Shass, Yesh Atid, Hatenoua, Kadima, Bayit Yehoudi, Meretz)

Il est vrai qu’il n’est pas précisé dans l’article de référence qui relate ces sondages de quels partis seraient issus ces députés orthodoxes car plusieurs listes présentent des candidats religieux. Il y a, bien sur, les partis ultra orthodoxes (« Yaadout Hathora » , « Shass » ), mais aussi des orthodoxes nationalistes  « Habayit Hayeoudi » . Les partis politiques traditionnels comme « Likoud » ou « Avod »a présentent également des candidats orthodoxes ainsi que des partis qui oeuvrent pour le rapprochement entre laiques et religieux comme « Yesh Atid » ou « Am Shalem ».

Or, il y a d’énormes différences entre eux…. Les candidats des partis ultra-orthodoxes refusent, par exemple, de toute leur force l’enrôlement de leurs ouailles dans l’armée. La majorité d’entre eux ne veulent pas que les hommes aient une éducation séculaire ou soient sur le marché du travail. Ils ne présentent, bien sur, aucune femme sur leurs listes (voir post du 16 janvier). Les candidats orthodoxes de « Habayit Hayeoudi » sont intégrés dans la vie civile, professionnelle et citoyenne et sont engagés pour le maintien ou l’extension des implantations dans certaines parties de la Cisjordanie. Quant aux orthodoxes des partis pluralistes, qu’il soit mené par un laique comme Yaïr Lapid pour « Yesh Atid » ou par le rabbin Haim Amsallem pour « Am Shalem », leur souci de dialogue et d’unité est sincère entre les différentes composantes du monde juif et israélien.

Les enjeux, de ce point de vue, de la nouvelle Knesset porteront donc notamment sur l’enrôlement dans l’armée du monde ultra orthodoxe, l’éducation, le processus de conversion, le pluralisme, et bien entendu, l’égalité des genres….Des thèmes qui fondent plus que jamais l’observation site de ressources comme la notre ainsi que vos attentions et commentaires.

Sonia Sarah Lipsyc

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[1] Reuters, “Orthodox Numbers Set for 60% Rise in Knesset”, 19.01.2013, Forward.

[2] Ibid

Posté par JEQDS à 10:11 PM - - Permalien [#]
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17 janvier 2013

Des femmes ultra orthodoxes menacent : « pas éligibles pas de vote » !

HasidicWomen  (Femmes ultra orthodoxes au Musée de Jérusalem)  

Des femmes orthodoxes et ultra orthodoxes s’insurgent contre leur exclusion de principe des listes électorales des partis ultra orthodoxes ashkénaze « Yaadout Athora » et séfarade, « Shass » en vue des prochaines élections législatives en janvier en Israël.  En effet, ces partis n’ont jamais présenté de femmes sur leurs listes électorales.

Pas__lu_pas_de_vote(En hébreu : "pas éligible pas de vote", sur la page Facebook du même nom)

Esti Shoshan, journaliste « haredite » (ultra orthodoxe ), a créé une page sur Facebook : « no elected, not voting»[1] soutenue par des centaines d'entre elles. 

Elles avancent que si elles sont dignes de gérer des écoles, d’exercer d’autres métiers à responsabilité et de faire vivre leurs familles et leurs maris afin qu’ils se consacrent à l’étude de Torah et du Talmud– elles peuvent aussi être éligibles. Elles menacent de ne pas voter ou de voter pour d’autres partis qui partagent leur vision[2].

Elles répondent ainsi implicitement à l’argument des représentants des partis ultra orthodoxes qui affirment que les femmes de leur milieu ne voteraient plus pour eux, s’ils présentaient des femmes… Ces représentants soulignent également que la pudeur à laquelle sont astreintes les femmes les oblige à ne pas s’exposer sur scène. Ils s’appuient même – comble d’ironie alors qu’ils ne sont pas sionistes et qu’en leur temps, la mouvance ultra orthodoxe ashkénaze avait même jeté un anathème contre lui, - sur l’avis du rabbin Avraham Isaac Kook (1865-1935), Grand Rabbin Ashkénaze du « Yishouv » (communauté juive avant la création de l’Etat d’Israël), et figure de référence des orthodoxes sionistes, qui avait interdit l’éligibilité et même le vote des femmes !!! Le rabbin Haïm Amsellem, ancien député du Shass et créateur du parti « Am Shalem » qui regroupe des orthodoxes et des laïques, rappelle, à juste titre, que le rabbin Ben Tsion Ouziel (1880-1953), Grand Rabbin séfarade,  à la même époque, dans les années vingt, avait au contraire, et au nom aussi de la loi juive, autorisé le vote et l’éligibilité des femmes (3). D’ailleurs, trois femmes sur les dix premiers candidats en lice sont présentes sur sa liste électorale.

Ben_Tsion_Ouziel(Rabbin Ben Tsion Ouziel)

Le parti religieux sioniste « Habayit Hayeoudit » mené par Naftali Benett, présente également  trois femmes parmi les douze premiers candidats, bien que certains leaders rabbiniques de cette tendance, comme le rabbin Shlomo Aviner, se soit prononcé contre cette possibilité (4). Mais l’avis de ce leader rabbinique d’origine francophone, s’il est significatif, ne semble pas être majoritaire ; il montre cependant que même dans ces milieux, intégrés à la vie sociale et professionnelle du pays, la pleine représentativité des femmes n’est pas acquise…

Recours déposé pour discrimination sexuelle contre les partis qui excluent les femmes de leurs listes électorales

Par ailleurs, des associations diverses de femmes ainsi que la conseillère municipale de Jérusalem, Laura Wharton, du parti de gauche Meretz, ont déposé une plainte pour discrimination auprès de la Commission électorale centrale contre les partis ultra orthodoxes « Yaadout Athora » et « Shass » précisément pour leur refus de l’éligibilité des femmes sur leurs listes (5).Parmi ces associations, il y a Kolech, le forum des femmes juives orthodoxes et féministes (6).Ce recours a peu de chance d’aboutir mais il est symboliquement importante. Ces deux partis ont répliqué : « se peut-il que dans un gouvernement démocratique, un parti qui veuille se conformer à la loi juive ne puisse être élu à la Knesset? »(7). Cet argument est fallacieux car il laisse entendre que la loi juive s’opposerait sans conteste à l’éligibilité des femmes. Or nous avons mentionné la diversité des avis rabbiniques à ce sujet. Il faut ajouter que c’est l’opinion positive du rabbin Ouziel qui a été retenu dans l’histoire de l’Etat d’Israëlet et que les partis religieux sionistes s’y sont conformés mais non le parti ultra orthodoxe a sioniste de l’Agoudat Israël, l’un des partis constitutifs de l’actuel «Yaadout Athora » et plus récemment le « Chass » depuis sa création dans les années quatre vingt. De plus, les femmes grâce à l’action pionnière de Léah Shakdiel, dans les années quatre vingt dix, auprès de la Cour Suprême, ont même eu le droit de siéger dans les conseils municipaux religieux qui décident de la nomination des rabbins dans une ville, de la cacherout ou des décisions en matière d’éducation juive (8).Les partis ultra orthodoxes campent donc sur une attitude de déni de ces évolutions.

Leur position interroge également l’incompatibilité entre des attitudes discriminatives et la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël qui déclare que l’Etat hébreu « assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ».

Comme le souligne Laura Wharton : « Nous avons demandé que ces partis soient disqualifiés car ils violent une loi fondamentale qui dit que touts les citoyens ont le droit de voter et d’être élu pour la Knesset. La discrimination sexuelle est un devenu partout un problème en Israël, dans les autobus, etc mais à la Knesset, elle est la plus importante car elle affecte tout le reste. C’est d’autant plus flagrant que ce sont des partis financés par l’Etat qui disent explicitement que les femmes ne peuvent être élues » (9).

Gageons que ces tentatives de rendre conforme l’éthique de tous les partis, et notamment ultra orthodoxes, avec la dimension démocratique de l’Etat hébreu seront de plus en plus nombreuses que ce soit l'expression d'initiatives internes aux milieux que représentent ces partis ou par des actions externes et juridiques. La réaction de certaines femmes ultra orthodoxes qui, pour la première fois s’expriment publiquement, par l’intermédiaire des médias sociaux ou d’articles ainsi que les recours institutionnels, tendent à nous le faire croire. Affaire à suivre…

Sonia Sarah Lipsyc

Cet article reprend  un post de la page Facebook "Judaismes et questions de société" que vous pouvez rejoindre en cliquant ici.

[1]Elana Sztokman, “Women In Israel Fight for their Voice”, 19.12.2012, Forward, The sisterhood.

 [2]Voir Esty Shushan, « Wanted : Haredi women in Knesset », Israel Hayom, 9.12.2013

(3) Pour l’échange “halakhique” (loi juive) succinct voir : Kobi Nahshoni, “Haredi Women threaten not to vote”, Israel Jewish Scene, 27.12.2012. Le journaliste souligne également que les “Les femmes ultra orthodoxes  mentionne la figure de Déborah, prophétesse, juge, chef des armées estimant que son cas consitue un précédent permettant aux femmes d’assumer un rôle public notamment lorsqu’elle est élue par le public. Elles font également savoir  que la réserve de Maïmonide sur laquelle certains conservateurs s’appuient ne concerne que la question de la monarchie ».  D’ailleurs, comme le relève Elana Sztokman (op cité note 1), il semblerait que Arye Deri, l’un des leaders du « Shass » ait récemment déclaré sur les ondes de Galé Tsahal : « qu’il n’y avait pas de problème d’ordre  halakhique pour l’élection des femmes mais qu’il s’agissait de code sociaux ». Pour l’ensemble de cette thématique, nous nous permettons de renvoyer à nos articles :  « Le leadership des femmes au sein du monde juif politique et communautaire juif ».Arche.Février-Mars 09 n°609-610 p 28-29. Et « Femmes et leadership religieux et communautaire » dans Dictionnaire du Judaisme français depuis 1945, sous la direction de Jean Leselbaum (à paraître, 2013)

(4)Jeremy Sharon, ”Nat’l religious rabbi : Women should’nt be MKs”, Jerusalem Post, 24.10.2012. Voir également Sonia Sarah Lipsyc, « Il serait impudique pour une femme de se présenter aux élections de la Knesset (assemblée nationale israélienne) », Judaïsmes, 7.11.2012.

(5Telem Yahav, “Haredi parties: Women have different role”, Ynet, 18.12.2012. 

(6)Voir note 1.

(7) Voir note 5

(8) Cf. Léah Shakdiel, « Mon combat pour être la première femme au sein d’un conseil municipal religieux », traduit par Hélène Palma dans Quand les femmes lisent la Bible, sous la direction de Janine Elkouby et Sonia Sarah Lipsyc, Pardès 43, Ed. In Press, Paris, 2007 pages 227 à 233.

(9) Voir note 1

13 janvier 2013

Société juive et homosexualité (1)

Dans l’article ci-dessous, nous reprenons différents posts mis en ligne sur notre page facebook, que nous élaguons au étayons,  au sujet du mariage pour tous et de la société juive.

Le rabbin Ya'akov Yosef, fils de l'ancien Grand Rabbin séfarade d'Israël a rendu une décision halakhique (de la loi juive) interdisant de prendre des leçons privées avec des enseignants homos (Post du 30.12.12)[1].

Mais il faut relever que même la puissante Association internationale de psychanalyse (IPA) fondée par Freud n’a accepté, il n’y a que 11 ans, que la « règle orale », non approuvée par le père de la psychanalyse, qui interdisait aux personnes homosexuelles d’être psychanalystes soit officiellement abolie. C’est ce que souligne notamment, à l’heure du débat en France sur le mariage pour tous, un remarquable article[2] d’une psychanalyste, Annie Fortems, dont nous publions ci-dessous un extrait. Elle rappelle ce qui a longtemps été un tabou dans l’institution psychanalytique freudienne et sur lequel l’historienne et psychanalyste (juive) française Elisabeth Roudinesco, soutenant le mariage pour tous, avait déjà levé le voile : Anna Freud, la fille et héritière (en matière de psychanalyse) de Freud, spécialiste de la thérapie pour enfants, a vécu 55 ans avec une femme Dorothy Burlhingam… Elle a élevé avec elle ses enfants et le patriarche Freud acceptait cette famille homoparentale. 

annadorothy(Anna Freud et sa compagne Dorothy Burlingham en 1972 à Vienne. Photo  de (Wiener Psychoanalytische Akademie) prise sur le site Rue 89)

« Nous voyons les opposants convoquer les écrits de Freud pour étayer leur argumentation : Freud serait homophobe et la psychanalyse condamnerait l’homosexualité. Ce sont des contre-vérités. (…) pour la première fois, une historienne éminente de la psychanalyse reconnaît la relation homosexuelle qui a existé entre Anna Freud et Dorothy Burlingham (…). Elisabeth Roudinesco a réitéré ses affirmations devant les parlementaires, mais là sans aucune pondération. Elle a déclaré que Freud "a accepté dans sa vie que sa fille Anna élève les enfants de sa compagne et il a considéré qu’il s’agissait là d’une famille : ce sont ses mot ". Il a fait la démarche d’accepter et de soutenir Anna, et d’accueillir sa compagne et ses enfants. Avec les mots d’aujourd’hui, on pourrait dire que Freud a non seulement accueilli la famille recomposée et homoparentale de sa fille, mais qu’il a œuvré pour que Dorothy obtienne la garde des enfants et qu’Anna ait ainsi le statut de «beau-parent» des quatre enfants de sa compagne Dorothy Burlingham, et cela pendant 55 ans.»
L’article souligne également, l’attitude réactionnaire de l’institution freudienne,
«(…) la puissante Association internationale de psychanalyse (IPA), fondée par Freud, décida en 1920 contre l’avis de son fondateur la « règle orale », qui interdisait aux personnes homosexuelles d’être psychanalystes. Ce n’est qu’en 1973 que l’homosexualité a été supprimée de la liste des pathologies dans le Discorder Statistical Manual (DSM), le manuel américain de référence en psychiatrie. Et c’est en 1999 (année du PACS en France), lors du congrès de Barcelone, que l’IPA a pu dépasser son « surmoi institutionnel » grâce à la fronde des psychanalystes homosexuels américains qui ne supportaient plus ce secret. Ce n’est enfin qu’en 2001 que l’IPA supprimera officiellement la « règle orale », et inscrira dans ses statuts la règle de non-discrimination.(les orthodoxies…) ». 
Finalement tous ces progrès sont finalement assez récents….

Alliance(Echange d'alliance entre deux hommes. Photo priseparKenzo sur le site de directmatin)


En tout cas, rien n’autorise à convoquer la psychanalyse, comme l’a fait encore récemment le Grand Rabbin Gilles Bernheim, pour condamner le mariage civil pour tous en France.A ce sujet, nous renvoyons à l’excellente réponse du rabbin Yeshaya Dalsace, «La loi sur le mariage homosexuel et le judaïsme» qui donne le lien également avec le texte du Grand Rabbin de France. Le rabbin « conservative » (l’un des quatre courants non orthodoxes du judaïsme) Dalsace s'indigne contre le fait que le GR Bernheim s'exprime sur une loi civile. Mais surtout le premier mérite de son texte est de montrer la pluralité du judaïsme y compris en France, le deuxième de faire un état de lieux des réflexions des judaïsmes sur la question de l’homosexualité, le troisième de souligner la diversité des questionnements sur un certain nombre de thématiques (filiation, etc..). Nous sommes particulièrement sensible aux notes qui montrent combien les Juifs ont souvent été du côté des parias et de l’inventivité. Il apparait ainsi au terme de la démonstration que le GR Bernheim a eu tort de s’exprimer au nom "du judaïsme religieux" en le présentant de façon monolithique occultant, une fois de plus,les autres sensibilités du judaïsme toutes aussi légitimes et qui se questionnent différemment sur le sujet. Le Grand Rabbin Bernheim n’a pas voulu, et de façon paradoxale, se placer sur le terrain du religieux. L’homophobie propre à certains textes du corpus juif aurait-elle été trop lourde à assumer dans la cité ? Le G.R a préféré convoquer notamment les sciences humaines ou la psychanalyse. Or ces disciplines est divisées sur le sujet….comme le montre, par exemple, le texte que nous venons de citer (Post du 08.01.2013)

Pour en savoir plus sur le sujet, voir aussi Hervé Elie Bokobsa, «Homosexualité et Halakha( "loi juive")» 19.12.2012.

 o_BAISER_LESBIEN_570(A Marseille deux jeunes femmes s'embrassent au cours d'une manifestation contre le mariage pour tous, photo prise sur le site d'Huffington)

C’est une première…Un tribunal rabbinique de Rishon Letsion (Israël) a décrété qu’un mari ne devait pas verser de pension alimentaire à son ex épouse car celle-ci lui avait été infidèle….en ayant eu une relation avec une autre femme. En quoi, est-ce une première ? Dans le fait qu’une autorité halakhique (de la loi juive) appréhende au même niveau une relation homosexuelle et hétérosexuelle. En effet, jusqu’à présent, la loi juive tout en jugeant une relation saphique comme un acte de dévergondage ne la condamnait pas de la même manière qu’une relation entre deux hommes car elle ne considérait pas… qu’il y avait un acte sexuel entre deux femmes… Cette décision du tribunal rabbinique, qui pour certains[3] n’aurait pas d’appui halakhique ouvre donc la porte à d’autres interprétations. Certains pensent que ce tribunal a agi de la sorte pour punir la femme d’avoir persisté dans sa relation malgré ses engagements dans une thérapie familiale. Quoi qu’il en soit, la femme se tournera vers un tribunal laïque pour essayer de percevoir une pension alimentaire pour elle et ses enfants. Rappelons qu’un divorce ne peut être prononcé que par un tribunal rabbinique – ce qui fut fait ici- mais que la décision de pension alimentaire peut l’être éventuellement par un tribunal civil. (Post du Jeudi 10.01.2013)

Source de l'articleDovid Schwartz, “In Groundbreaking Decision, Rabbinic Court Equates Lesbian and Heterosexual Relations”, JewishPress, 27.12.12.

 Pour en savoir plus sur le sujet, voir Martine Gross, "Judaisme et homosexualité féminine", l'un des 21 textes de "Femmes et judaismes aujourd'hui", édition In Press, Pars, 2008. 

CorbinSeligman(Corbin Seligman et ses amis, photo prise sur le dite du CJN)

« La dernière chose que  le jeune Corbin Seligman voulais faire était de sortir avec un homme qui ne soit  pas juif. ». Cet agent immobilier de Toronto ajoute "J'ai toujours plaisanté à ce sujet, mais je ne plaisante qu’à moitié lorsque  je dis que je veux un médecin juif". Alors il a eut l’idée de créer un évènement, il y a trois ans, pour que des Juifs homos puissent se rencontrer. Il s’attendait pour la première manifestation à ce qu’une dizaine de personnes arrive, 150 personnes se sont présentées. Depuis, il y a quatre manifestations par an… "Je veux être en mesure d'équilibrer mon identité juive avec mon orientation sexuelle", at-il dit, "et je pense que ces événements me permettent de faire exactement cela en aidant d’autres à en faire de même." Cet article est paru dans l’honorable hebdomadaire CJN (Canadian Jewish News) de cette semaine, Vicky Tobianah, "Toronto Group brings gay Jewish men together", 05.01.12

Rappelons que les mariages de même sexe existent dans l’ensemble du Canada depuis 2005 comme aux Pays-Bas (2001), en Belgique (2003) et en Espagne (2005).

Au sein de la communauté juive de Montréal, des mariages de même sexe ou des bénédictions religieuses sont célébrées, par exemple, au sein de la Congregation Reconstructionniste « Dorché Emeth ». Et la congrégation libérale du « Temple Emmanuel Beth Shalom» a recruté comme rabbin, en 2012, une femme Lisa Grushcow venue avec sa conjointe et leurs deux enfants.Voir à ce sujet "Une femme rabbin et lesbienne nommée à la tête d'une importante congrégation juive libérale du Canada" (Post du 13.01.13)

Pour en savoir plus sur des manifestations de même genre en France, voir le site du Beit Haverim.

Car article reprend 4 posts de la page Facebook "Judaismes et questions de société" que vous pouvez rejoindre en cliquant ici.

Sonia Sarah Lipsyc


[1] David Lev, «Rabbi Yaakov Yosef: Stay Away from Gay Teachers», Aroutz 7, 16.12.2012.

 [2]« Tabou : la famille homoparentale de Freud », Rue 89, 7.01.12

01 janvier 2013

Un nouveau modèle d’apprentissage:l’école talmudique comme un département de recherche et développement du monde ju

Nous avons présenté cet article de Alieza Salzberg dont nous proposons ici une traduction, dans notre précédent article «Quand les Juifs se réapproprient leurs textes… »

"Un nouveau modèle d’apprentissage: La yeshiva, l’école talmudique comme un département de recherche et développement du monde juif" par Alieza Salzberg

Talpiyot(Hommes et femmes étudiant à la Yeshivat Talpiot à Jérusalem, photo de leur site)

Le nom de la place traditionnelle où la Torah est enseignée, s’appelle une yeshiva, littéralement une place où l’on s’assoie. De nos jours, beaucoup de ces institutions religieuses ne recherchent que la stabilité – ne pas bouger et maintenir un statut quo. Étudier pendant de longues heures peut enrayer l’évolution de la pensée juive et il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Actuellement, alors que le peuple juif doit régler nombre de questions – qui est juif, les droits de la personne, les rôles respectifs de la femme et de l’homme dans le cadre de la révolution féministe – nous ne pouvons nous contenter d’une religion figée dans le passé. Des premiers textes monothéistes à l’idiosyncrasie (au procédé ndr) du Talmud, les études et les écrits juifs ont toujours été autant créatifs qu’innovateurs. Aujourd’hui aussi, nos institutions devraient se développer rapidement.                  

À la Yeshivat Talpiot, où je suis à la fois co-directrice et éducatrice, nous considérons la Yeshiva comme un centre de recherche et de développement, un lieu où les textes anciens sont analysés à la lumière des défis et des valeurs d’aujourd’hui.

Aliza_Salzberg(Alieza Salzberg)

La Yeshivat Talpiot est un lieu moderne d’enseignement à Jérusalem, où les Israéliens étudient un programme d’étude familier – le Talmud, Midrash et Tahakh (Bible hébraïque)– dans une atmosphère sérieuse, créative et dans un environnement respectueux et égalitaire. Comme le ferait un département  «R&D»[1], chez Google ou Apple, nous voulons créer un espace d’étude intensive et d’expérimentation. Pour favoriser la prochaine avancée, nous devons associer une bonne connaissance de nos traditions à une capacité de prévoir nos prochaines étapes.         

Comment peut-on établir une Yeshiva « R&D »?

Voilà quelques-unes des idées que nous avons considérées lorsque nous avons commencé à mettre sur pied la Yeshivat Talpiot, il y a trois ans.

1.Le modèle traditionnel d’enseignement intensif a beaucoup à offrir.

La yeshiva « au sommet de la montagne »(la tour d’ivoire) protège ses étudiants du rythme accéléré de la planète, du culte de la célébrité et de la course effrénée pour accumuler richesse et prestige. Pour de jeunes adultes s’offrant une pause, soit avant ou après le collège, cette isolation temporaire, loin du stress de la société moderne peut être enrichissante, et suggère une pause, permettant de se plonger dans le royaume des idées. Ces différentes expériences permettent aux futurs avocats, professeurs, hommes d’affaires, artistes et citoyens, de définir les priorités qui les serviront lorsqu’ils replongeront dans le monde actuel.       

2. Un programme d’enseignement trop concentré confine à l’isolement, a ses embûches, et en particulier, suscite un détachement envers la communauté juive. Malheureusement, nombres de yeshivot (pluriel de yeshiva ndr) s’efforcent de rester loin des défis de la démocratie, du féminisme et de la pause « post-moderniste » de la société religieuse. Beaucoup tentent d’arrêter le temps et déifient une vision passéiste du judaïsme, ignorant les changements tant politiques que sociaux, qui surviennent autour d’eux.             

3. À la Yeshivat Talpiyot, nous avons appris de nos étudiants, que l’isolation crée chez nombre d’entre eux une approche désincarnée de la religion.

Ce que les étudiants apprennent à la yeshiva, lorsqu’ils retournent à la réalité, leur semble coupé de la réalité, vieillot, voire problématique. Exaspérés et en signe de protestation, de nombreux jeunes juifs rejettent le monde de la Torah, laissant aux autres le soin de s’interroger sur les questions vitales et de donner leurs réponses. 

Par exemple, la féministe prend du recul car elle ne peut digérer son exclusion de la synagogue ou l’inégalité du mariage traditionnel; mais si elle ne prend pas fermement position, elle se retrouvera livrée à elle-même au bureau du rabbin pour son mariage. De même, l’activiste pacifiste qui met de côté le langage de la Torah, ne pourra aborder des sujets tels que la politique de sécurité, le nationalisme et la gouvernance avec ses amis religieux. Il en résulte –et cela est dangereux – que les plus importantes questions auxquelles Israël et le monde juif, dans son ensemble, sont confrontés, tels que la conversion, le mariage et le divorce, l’inhumation et l’identité nationale, sont laissées – par défaut – aux institutions rabbiniques «traditionnelles»[2].

4. Le nouveau modèle, une yeshiva « R&D », peut combler le fossé entre notre riche héritage et les questions qui se posent aujourd’hui. À la Yeshivat Talpiot, nous abordons les questions importantes et significatives de la société civile et religieuse et établissons un centre     « R&D » sur les questions juives. Bien que notre faculté et nos étudiants aspirent à changer le monde, nous croyons aussi que nous ne pouvons et ne voudrions pas méconnaître des milliers d’années de tradition; la halakha (loi juive ndr)et la culture juive nous fournissent de solides fondations sur lesquelles nous appuyer, un langage pratique riche et spirituel, avec lequel travailler. Nous n’avons pas à nous asseoir et étudier pendant des jours, des mois et des années pour trouver des solutions aux problèmes de notre communauté[3]. Les questions concernant tant les synagogues que la politique israélienne font partie de l’étude de la Torah et de l’édification de la communauté. Nous nous asseyons, nous nous détendons, faisons des recherches et les développons, mettons nos livres de côté, prêts à avancer dans le monde.

5. Les étudiants doivent être actifs et émancipés afin de s’investir dans le travail exigeant que représentent la recherche et le développement. Beaucoup d’étudiants qui se retrouvent à la Yeshiva Talpiyot, proviennent du monde en perpétuel mouvement des nouvelles en capsules (clip vidéo ndr), des slogans politiques et demandent des réponses pertinentes et immédiates. Ils espèrent travailler sur des textes qui justifient leur point de vue, un système économique moral ou une sexualité plus positive; ils sont impatients. Notre tâche consiste à enseigner à ces étudiants à réfléchir et prendre une pause. Nous leur donnons les outils qui leur serviront à long terme et leur feront accepter la complexité de la religion, de la politique et de la vie elle-même. Ultimement, l’étendue de leur connaissance soutiendra d’autant plus leurs valeurs, des valeurs ressenties dans les profondeurs de leur vie. Pour d’autres étudiants, entraînés à apprendre passivement, à accepter ce qu’on leur enseigne,  ne rien remettre en question, nous cherchons à éveiller leur sens critique, à changer leur vision du monde tel qu’ils le perçoivent. Nous espérons que les jeunes femmes et jeunes hommes qui étudient dans nos classes, sont conscients des conséquences politiques (au sens large ndr) découlant de leur interprétation des textes.

Mis à part le terme yeshiva, un autre mot retentit dans nos couloirs : « halakha » (loi juive ndr), littéralement « aller » Ce mot hébreu, utilisé pour évoquer la Loi et les discussions légales dans la tradition talmudique, englobe l’idée que la religion évolue constamment, qu’elle est en mouvement dans la communauté qui la pratique.

L’étude juive ne s’est jamais contentée d’une mémorisation statique du passé. C’est un procédé de « R&D », d’étude approfondie de la sagesse contenue dans la Torah, et d’imagination éclairée.

Nous invitons ceux que notre expérience intéresse, à se joindre à nous, à fusionner les valeurs contenues dans les termes yeshiva et halakha : lire de manière intensive et transporter nos connaissances dans la société.

 Alieza Salzberg est co-directrice et éducatrice à la Yeshiva « Taliyot », à Jérusalem. 

Source : Alieza Salzberg, “A New Model of Learning : The Yeshiva as R&D Department of the Jewish World”, 12.11.12, Jewish Philanthropy http://ejewishphilanthropy.com/a-new-model-of-learning-the-yeshiva-as-rd-department-of-the-jewish-world/

Texte traduit par Michel Mons



[1] « (…) ensemble des activités entreprises « de façon systématique en vue d’accroître la somme des connaissances, y compris la connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette somme de connaissances pour de nouvelles applications. » définition établie par l’OCDEManuel de Frascati, édition 2002, p. 34 et p. 87-89. Voir Recherche et Développement sur Wikipedia

[2] Voir à ce sujet Sonia Sarah Lipsyc, « Création d’écoles pluralistes (laïques et religieuses) dans l’Education publique en Israël » en introduction à « Une révolution dans l’éducation arrive en Israël », Judy Lash Balint, 20.11.12. 

[3] La loi juive offre de nombreux dispositifs pour statuer de façon dynamique sur toute sorte de problématiques si tant est que l’on est prêt à en user. Voir, par exemple, Sonia Sarah Lipsyc, « Loi juive religieuse ("halakha"), Etat d'Israël et condition des femmes », 1.07.2010

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Quand les Juifs se réapproprient leurs textes…

PagedetalmudJPG(Page de Talmud de Babylone, photo credit: CC BY Chajm, Flickr)

De la nécessité de la fidélité et de la rupture ?

L’étude juive est l’un des commandements centraux de la tradition juive et l’un des secrets de la pérennité d’Israël. Elle s’exprime sous sa version classique par l’étude des textes traditionnels (Torah, Talmud, Midrash, Kabbale, littérature rabbinique diverse). Cet amour de la connaissance, de l’investigation, de la remise en question de l’acquis – du fait de ne pas prendre à la lettre pour ce qu’elle est – se transmet aussi de façon séculaire.On pourrait même supposer que cet atavisme singulier – que l’on pourrait définir comme un atavisme intellectuel à l’origine spirituel - ait permis à Freud de penser … la psychanalyse. « Le mode de pensée talmudique ne peut tout de même pas nous avoir subitement quittés », lui écrivait son disciple Karl Abraham, en livrant un exemple de similitude entre la propédeutique talmudique et la pensée freudienne. Et le fait, comme le signifie l’historien Yosef Haim Yeroushalmi que Freud n’ait rien objecté à cette interpellation signifierait probablement qu’il l’ait acceptée [1], Dans une autre correspondance avec le pasteur Pfister, Freud ajouta : « Pourquoi la psychanalyse n'a-t-elle pas été créée par l'un de tous ces hommes pieux, pourquoi a-t-on attendu que ce fût un juif tout à fait athée? »[2]. Il y avait donc à la fois la reconnaissance d’une transmission, au chemin visible ou invisible, et la nécessité d’une rupture avec elle afin de faire preuve d’inventivité.

Mais lorsque l’héritage ne consiste plus qu’en la rupture, de génération en génération, cette modalité confine alors au fil du temps à l’ignorance. Les premiers savaient avec quoi ils rompaient tout en bénéficiant d’une connaissance et d’un art de l’interprétation forgés par l’étude talmudique, les suivants pouvaient encore faire le récit de cette odyssée historique et métaphysique, les derniers ne savent plus que vaguement ou plus du tout de quoi l’on parle… Dans le meilleur des cas, ils sont confrontés à un sentiment de manque qu’ils ne peuvent clairement définir mais qu’ils savent au moins confusément distinguer. Ce sentiment est comme un fil d’Ariane vers le retour aux sources hébraïques. Quant aux autres…?

Entre l’ignorance et le conservatisme

Et de fait, étrange et cruel paradoxe qu’une Histoire de l’Education mériterait de mettre en valeur, Israël est la fois le pays où il y a le plus de yeshivot (d’écoles talmudiques) au monde et ce depuis des siècles, et ou l’ignorance du judaïsme est patente, selon que l’on appartienne à un milieu religieux ou non.

Durant toute leur scolarité dans un milieu laïc, un jeune Israélien aura peut-être étudié la Bible du point de vue historique, linguistique ou poétique, - et encore !-  laissant de côté toute l’accumulation de savoir et d’interrogations « mâchées » par des maitres de siècle en siècle. Mais il ou elle n’aura jamais ouvert un traité talmudique ou n’aura jamais été initié aux arcanes d’un Midrach– ces horizons de la pensée pourtant si essentiels dans l’élaboration d’une identité narrative juive lui seront inconnus –  et il ou elle saura si peu de choses sur la tradition juive. Je me souviens, il y a des années, de mes jeunes cousins qui me voyant allumer les bougies pour l’accueil du shabbat au kibboutz rattaché au Mouvement « Hashomer Atsaïr[3] » où vivait ma tante, se tourner vers elle pour demander si c’était mon anniversaire… Et pourtant, tous ces pionniers laïcs et sionistes ainsi que leurs descendants auront incarné, à juste titre, durant des décades, les valeurs d’équité sociale, de dévouement et de l’amour de la terre d’Israël telles qu’elles se déploient chez les Prophètes.

A l’inverse, on peut s’étonner que l’abondance de yeshivot en Israël ait également un effet pervers… Ce lieu où un être humain se construit dans la confrontation des textes, créé dans le monde majoritairement ultra orthodoxe,  des cohortes d’hommes coupés de la vie citoyenne tant du point de vue du travail que de l’armée, entretenus par des dons, vivant indécemment, quelles que soient leurs justifications idéologiques, grâce notamment aux impôts de la société laïque et au travail de leurs épouses sur qui repose cette charge familiale… Les prises de positions officielles de ces milieux sur des sujets contemporains comme la démocratie, l’égalité des droits des femmes ou des minorités sexuelles, l’ouverture culturelle, sont souvent rétrogrades et intégristes. Aussi a-t-on envie de dire : tout ça pour ça?! Un tel investissement intellectuel, spirituel et d’économie de vie…pour une telle indigence de pensée ! Ces sociétés d’hommes en noir créent peut-être en interne des modes de vie où les valeurs familiales et la solidarité sont exaltées mais elles vivent de façon repliée voire sectaire.

Nous assistons ainsi à une triste dichotomie dans le monde juif et en particulier au sein de l’Etat d’Israël. D’un côté, les laïques ont une connaissance très parcellaire voire nulle de l’étude juive (talmudique ou autre), de l’autre, le monde juif orthodoxe, en particulier ultra orthodoxe, est trop souvent coupé des questions contemporaines ou des investigations de la pensée.

De la conjugaison des savoirs

Bien sûr, il y a toujours eu des personnes voire des institutions pour faire le lien entre ces deux mondes tant d’un point de vue humain que scientifique, artistique ou autre, car loin de s’exclure, ils se nourrissent mutuellement. Les figures importantes du judaïsme depuis les temps talmudiques montrent qu’il est possible et impérieux de conjuguer l’étude talmudique avec les savoirs de ce monde (et une activité professionnelle)…. Médecine, astronomie, philosophie, poésie, théâtre ne sont que quelques exemples des disciplines auxquelles les maitres du judaïsme ou des quidams se sont appliqués. Ainsi Mar Samuel (3ème siècle), docteur de la loi dans le Talmud, médecin et astronome déclarait au sujet de cette dernière connaissance, « que les routes du ciel me sont aussi familières que les rues de Neherdea », la cité où il habitait. Au Moyen- Age, Maimonide, « l’aigle de la synagogue » comme on le prénomma, était aussi médecin et s’adonnait à la philosophie en particulier celle d’Aristote. Les judaïsmes de l’Age d’or d’Espagne, de la Renaissance d’Italie ou des Pays Bas illustrent aussi cette conciliation de l’étude juive avec les créations philosophique, poétique ou théâtrale. Et le rabbin Samson Raphaël Hirsch (1808-1888), chantre d’une orthodoxie moderne, mit en évidence l’adage talmudique « yaffé Torah im derech eretz » dont l’une des traductions pourrait être «  il est bien de conjuguer la Torah avec les disciplines de ce monde ». 

L’université Bar Ilan est un exemple institutionnel de cette conciliation entre l’étude juive et les autres savoirs mais il est insuffisant car il se déploie dans le cadre universitaire. Et l’on sait que la connaissance et la créativité ne peuvent être réduites au cadre académique.

Il existe aussi en Israël des yeshivot esder, des écoles talmudiques où les jeunes hommes se partagent durant cinq ans entre l’étude et leur service militaire.  Ils viennent du milieu orthodoxe sioniste, étudient, apprennent des métiers, s’intègrent dans la vie israélienne. Cependant, ce milieu sioniste orthodoxe peut aussi charrier des points de vue rétrogrades pour certains de ses représentants sur les questions de femmes[4] ou les rapports aux non-juifs et est souvent animé d’une idéologie de droite[5]. Le dévouement et engagement pour le peuple juif de ce courant sioniste orthodoxe n’est pas à remettre en question mais ses membres ne l’ont-ils pas vécu de façon insulaire ? Ils semblent s’être aperçus et de façon abrupte de tout ce qui les séparait de la société israélienne lors du retrait unilatéral de Gaza en 2005. Un défi de dialogue que cette frange de la société israélienne se doit encore de relever.

 

Les écoles talmudiques pluralistes et laiques

daf(Hommes et femmes étudiant à "Alma")

Conscient de cette fatale dichotomie, - une ignorance du judaïsme en Israël et une dynamique de la création cognitive gelée dans les écoles talmudiques - à l’initiative des un(es) et des autres, se développent en Israël, depuis maintenant presque vingt ans, des lieux d’études, mixtes, ouverts à tout un chacun(e).

Se réapproprier les textes juifs traditionnels comme le Talmud et le Midrash en les inscrivant dans un cursus d’apprentissage, d’une part, et d’autre part, en les étudiant de façon ouverte et pluraliste. Tel est le but de ce qu’on appelle en Israël, « les yeshivot laïques » ou « pluralistes » - un phénomène sociétal qui existe dans l’ensemble du pays, des villes à la campagne comme dans certains « kibboutzim ». Ces écoles talmudiques supérieures réunissent des femmes et des hommes, de plusieurs sensibilités religieuses (orthodoxe, conservative, libéral, etc.) et laïques du judaïsme. Leur but n’est pas de prôner un retour au religieux – ce choix reste personnel – mais d’intégrer l’étude de «l’armoire ou de la bibliothèque des livres juifs » au cœur de la vie de celles et de ceux qui prennent le temps de se réunir pour conjuguer leur découverte du Talmud ou de la Kabbale aux connaissances de ce monde. Le Talmud aux côtés de la poésie, des sciences humaines ou de l’histoire – que demander de plus?

Eran_Baruch(Eran Baruch, fondateur de "Bina")

« Elul » où j’ai eu le plaisir d’étudier, il y a une dizaine d’années, est un de ces endroits à Jérusalem. Le thème que nous avions choisi au cours de ces années 90, était « le livre de Ruth ». Nous l’étudions avec ses divers commentaires traditionnels (Talmud, Midrash, Kabbale) mais en faisant référence aussi à des créations plus contemporaines. Au début de la semaine, nous recevions les passages des textes à étudier. Nous étions en havrouta (compagnonnage d’étude) à deux, trois ou quatre. A la fin de la semaine, au cours d’une grande assemblée générale, chaque groupe partageait le fruit de son étude[6]Nous recevions régulièrement des conférenciers qui s’exprimaient sous un angle ou un autre sur le thème que nous avions choisi ainsi notre étude bénéficiait d’un prisme de connaissance précieux. De plus, elle était ancrée dans le réel de la vie israélienne. Lorsque j’y étais au cours de cet automne de 1995, il s’agissait de l’assassinat de Rabin  et de ses conséquences pour chacun d’entre nous, de notre vision, de nos attentes de la vie juive en Israël et de nos engagements.

Ariel Levinson, est l’un des fondateurs de la “yeshiva laique” créé à Ein Kerem, un village pittoresque à côté de Jérusalem. Elle a pour but de palier au vide de connaissance  en études juives de la part d’un jeune public et de former de façon plus complète les  futurs leaders intellectuels et sociaux de la société israélienne.

RuthCalderon(Ruth Calderon du site Jewish Waterville)

A Tel Aviv, il existe « Alma » fondé par Ruth Calderon, orienté dans un premier temps vers les artistes ou intellectuels de la ville. Mais il y aussi « Bina » où des personnes qui n’ont jamais ouvert un Talmud ou un livre de kabbale alors qu’ils vivent en Israël depuis … leur naissance, prennent plaisir à prendre une ou plusieurs heures par semaine pour venir écouter des cours. Il s’agit là d’un phénomène d’appropriation culturelle d’ordre intellectuel, identitaire voire spirituel mais non religieux. 

D’autres lieux se développent dans tout le pays où cette jouissance des textes constitutive d’une identité juive est ainsi partagée, comme Kolot, Oranim, ou l’institut Nigon Halev, situé dans le Kibboutz Nahalal dans la vallée de Jezréel.

« Talpiot », un lieu d’étude et de réflexion sur la loi juive


Talpyiot3(Hommes et femme étudiant à "Talpiot")

«Talpiot» à Jérusalem, est l’une de ces nouvelles yeshivot pluralistes et égalitaires. Ses enseignants viennent du monde orthodoxe, « conservative » (l’un des courants non orthodoxe du judaïsme ndr), ou autre. Ils et elles ont été le plus souvent formés à l’Université Hébraïque et sont passés par le Centre de Recherche d’études juives Hartman à Jérusalem. Cette année, le programme de la yeshiva porte sur le statut personnel de la personne comme la conversion, la filiation matrilinéaire et patrilinéaire, et la circoncision. Ils étudient ainsi quelques chapitres du Traité « Yebamot » du Talmud de Babylone et les problématiques de la conversion aujourd’hui en Israël.

Mais ce qui distingue Talpiyot des autres yeshivot que nous avons mentionnées et qui toutes mériteraient un récit en soi, c’est que ce lieu d’étude ouvert et mixte interroge particulièrement la loi juive. Cette dernière fait partie inhérente du cursus et de la vie des étudiants.

Nous publions dans une prochaine mise en ligne, la traduction d’un texte de l’une des fondatrices de cette académie talmudique, Alieza Salzberg qui est également co-directrice et enseignante à « Talpiot ».

Dans ce texte, elle présente différents aspects de ce que doit être une yeshiva (école talmudique), un lieu où l’on prend du recul par rapport à l’accélération de la vie mais qui arme aussi l’étudiant(e) afin de poursuivre ses réflexions et son engagement dans le monde. Elle insiste sur le fait de ne pas laisser à d’autres, en particulier extrémistes le soin de régler les questions et défis auxquels sont confrontés les Juifs d’aujourd’hui. Pour ce faire, il faut connaitre les textes et travailler. Elle développe ainsi surtout l’idée qu’une yeshiva a toujours été, au fil des siècles même si l’immobilisme et le conservatisme la caractérisent trop souvent aujourd’hui, un lieu de réflexions et de créativité qu’elle compare au procédé « R&D » (Recherche et Développement)[7] que l’on retrouve dans le monde d’internet et des nouvelles technologies. C'est-à-dire un laboratoire où de nouvelles applications à partir d’une sagesse antique doivent constamment être trouvées.

 Sonia Sarah Lipsyc



[1] La citation de Karl Abraham et la réaction de Freud sont mentionnées dans Yosef Haim Yeroushalmi, Le Moïse de Freud, Gallimard, Paris, 1991, p 158.

[2] Lettre à O/Pfister du 9.10.1918 cité par Gérard Haddad, L'Enfant illégitime : Sources talmudiques de la psychanalyse, Hachette Littératures, 1981, p 13.

[3] Littéralement « la jeune garde », mouvement de jeunesse sioniste se situant à l’aile extrême gauche du socialisme. Nombre de kibboutz en Israël se sont revendiqués de cette obédience égalitariste et collectiviste.

[4] Voir par exemple les déclarations du rabbin Aviner dans Sonia Sarah Lipsyc « Il serait impudique pour une femme de se présenter aux élections de la Knesset (assemblée nationale israélienne) », 7.11.12 

[5] Il existe cependant un courant sioniste orthodoxe de gauche représenté autrefois par le groupe Meimad et qu’incarne, aujourd’hui, par exemple, le rabbin Melchior.

[6] J’ai écrit peu après cette étude un texte « Ruth ou le chemin des âmes », manuscrit en attente d’éditeur.

[7] « (…) ensemble des activités entreprises « de façon systématique en vue d’accroître la somme des connaissances, y compris la connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette somme de connaissances pour de nouvelles applications. » définition établie par l’OCDEManuel de Frascati, édition 2002, p. 34 et p. 87-89, rapporté dans Wikepedia. 

21 décembre 2012

Croissance de l’économie israélienne mais augmentation de la pauvreté et des inégalités sociales dans le pays

Petite_fille_dans_la_rue(Photo du site Guysen.com)

Deux enquêtes, l’une de l’association caritative LATET et l’autre de l’ONG Naomi Chasdei démontrent la croissance des inégalités sociales en Israël.

Ainsi en ce qui concerne la pauvreté touchant les enfants :  
- « En 2012, 10% des enfants issus de familles soutenues par des associations d'aide alimentaire ont avoué "avoir fait la quête" durant l'année écoulée (soit une augmentation de 7% par rapport à l'an dernier) alors que plus d'un quart des enfants en Israël ont pu passer des journées complètes sans nourriture (21% en 2011)(1). De plus « un enfant sur cinq en Israël doit quitter l'école pour subvenir à ses besoins et ceux de sa famille ».

Pour l’accès aux soins médicaux :
« Parmi ceux qui perçoivent des aides des ONG, (…), 63% sont ainsi incapables de subvenir aux besoins médicaux de leur famille. ».

L’ensemble de la population est consciente de cette aggravation :
« Pour 69% des personnes interrogées, le problème le plus urgent à traiter en Israël est le traitement de la pauvreté et les inégalités sociales, suivies de 61% pour l'éducation et seulement 44% pour qui la sécurité nationale est la priorité. »

(1) Il n'est pas clair à la lecture de l'article rapportant ces rapports s'il s'agit du quart des enfants en général ou du quart des enfants pauvres (merci aux internautes de m'éclaircir sur ce point)

Sonia Sarah Lipsyc

Source : Mylène Sebbah, "Israël-Social : l’alarmant rapport 2012 sur la pauvreté », Israël-infos, 20.12.12.

Cette brève reprend un post de la page Facebook "Judaismes et questions de société" que vous pouvez rejoindre en cliquant ici.

 

01 décembre 2012

Les femmes peuvent-elle réciter le "kaddich" ?

Textes_du_kaddish (Fragment de la prière du "kaddich") 

A la mémoire de Nicole S (que son nom soit source de bénédiction et que son âme repose en paix au jardin d'Eden).

«Yitgadal veyitkadach… Que son grand Nom soit magnifié et sanctifié … », par ces mots commence le kaddich, l’une des prières les plus connues du judaïsme. Prière avant tout de louange et de sanctification du nom de Dieu, le kaddich rédigé en araméen, ponctue sous différentes formes et à plusieurs reprises, les offices quotidiens, ceux du chabbat et des jours de fêtes. Il existe quatre kaddich dont celui des orphelins qui, comme tout kaddich requiert un minyan (quorum de dix personnes). Habitude a été prise, probablement depuis le Moyen-Age, de réciter le kaddich des orphelins en la mémoire d’un défunt, au cours de l’enterrement, de la période de deuil qui suit et du jour anniversaire de son décès. Le kaddich, dit-on, participe à l’élévation de l’âme de la personne disparue, mais en le récitant l’endeuillé(e) exprime aussi sa piété familiale et sa filiation spirituelle.

Est-ce qu’une femme peut dire le kaddich ? Dans trois des quatre courants qui composent le judaïsme actuel (massorti ou conservative, libéral ou réformé et reconstructioniste), se déroulent généralement des offices égalitaires où les femmes sont comptées avec les hommes pour le minyan. Elles peuvent donc dire le kaddich pour leurs parents, leur conjoint ou tout être qui est leur est cher[1].

Mais qu’en est-il des femmes dans le milieu juif orthodoxe, courant qui prédomine en France notamment au sein des synagogues consistoriales ? Peuvent-elles dire le kaddich, par exemple, si leurs parents n’ont pas eu de fils ou si elles souhaitent s’associer à leur(s) frère(s) afin de réciter cet « hymne » de reconnaissance de Dieu ?! Le bénir et appeler à Son règne à un moment si crucial est une façon indéfectible de dire le message monothéiste, et d’exprimer encore et toujours, en tant que membre du peuple juif, l’espérance que ce message charrie nonobstant la difficulté des épreuves traversées !

Trois attitudes prédominent actuellement dans le monde juif orthodoxe : l’interdiction, l’autorisation de dire le kaddich pour les femmes dans certaines circonstances et la possibilité pour elles de le dire en toutes circonstances.

Le responsum du rabbin Haïm Bakhrakh (17ème siècle) est le plus cité pour interdire aux femmes la récitation du kaddich. Mais alors que celui-ci reconnaît que la femme a la même obligation que l’homme de sanctifier le nom de Dieu (Levitique 22 ;32) et qu’une fille peut aussi, en disant le kaddich, apaiser l’âme du défunt et que de surcroît, il n’y a pas à craindre qu’en le disant, elle soit comptée dans le minyan… ce rabbin préfère paradoxalement interdire cette possibilité de crainte de bousculer la coutume existante ou d’introduire une nouvelle pratique. D’autres s’alarment du fait qu’il soit indécent d’écouter la voix d’une femme ou que l’honneur de la communauté serait mis à mal si cette dernière disait le kaddich ! Aussi conseille-t-on aux femmes, du sein de l’espace qui leur est réservé dans la synagogue, au balcon ou derrière une barrière de séparation (meh’itsa), d’être attentive à la lecture du kaddish et de répondre « amen ». Leur attitude est passive, mais leur ferveur (kavana) et surtout  la conviction de leur « amen » leur sont comptées comme un mérite voire comme si elles avaient elles-mêmes dit le kaddich. La tradition juive souligne plus d’une fois l’importance du « amen » et de cette autre phrase clef du kaddich : Yehé chema rabah mevarakh leolam oulealmé almayah/ Que son grand nom soit béni pour l’éternité et pour l’éternité de l’éternité »[2].

D’autres rabbins autorisent les femmes à se joindre à la récitation d’un kaddich, en présence d’un minyan, chez elles, en particulier au courant de la semaine de deuil, ou à la synagogue mais dans la stricte séparation des sexes. Il arrive d’ailleurs que des femmes en prennent l’initiative sans demander l’autorisation au préalable. C’est ce que fit, par exemple, l’épouse du rabbin Menachem Mendel Auerbach, membre du Tribunal Rabbinique (beth din) orthodoxe de Boston qui, à la mort de son époux en 1952, récita le kaddich chez elle et à la synagogue[3]. Qui pourrait empêcher ces femmes d’accomplir leur devoir filial ou familial en récitant le kaddich - si elles souhaitent l’exprimer de la sorte, puisque rien ne l’interdit strictement d’un point de vue halakhique (loi juive) - si tant est qu’elles ont la force d’affronter la norme sociétale ou de faire entendre au rabbin le bien fondé de leur démarche ?! L’exemple le plus connu est celui d’Henrietta Soltz, fondatrice d’Hadassah, le renommé réseau caritatif et hospitalier. En 1916, elle déclina avec respect la proposition d’un ami, Haïm Peretz, de dire le kaddish à sa place en la mémoire de sa mère : « Le kaddich signifie pour moi que le survivant manifeste publiquement et explicitement son souhait et son intention de continuer la relation que son parent entretenait avec la communauté juive, et que la chaîne de la tradition reste intacte de génération en génération, chacun ajoutant son propre lien. Vous pouvez le faire pour les générations de votre famille. Je dois le faire pour les générations de ma famille »[4].

D’autres rabbins, enfin, comme Joseph Eliyahou Henkin (1880-1973) et son petit fils Yehouda ou le rabbin et leader Joseph Baer Soloveitchik (1903-1993), autorisent pleinement les femmes à dire le kaddich, à la synagogue, toujours dans l’espace qui leur est réservé. Elles le récitent, bien évidemment, en présence du minyan, « qu’il y ait ou non un homme qui disent le kaddich avec elle »[5]. Ce dernier point est important, car s’il n’y a pas d’homme endeuillé, le kaddich des orphelins est dit uniquement par la femme, et le minyan et la communauté (kahal) répondent alors « amen ».

L’écrivain Léon Wieseltier, dans son très beau livre sur le kaddich relate l’émotion extraordinaire d’une de ses amies lorsqu’elle apprit que, contrairement à ce qu’elle avait pensé et vécu comme une souffrance, les femmes pouvaient dire le kaddich[6]. Cette émotion est à l’évidence partagée par plus d’une comme en témoigne le nombre croissant de femmes déterminées à faire entendre leur voix y compris et surtout à ce moment si particulier de leurs vies.

 Sonia Sarah Lipsyc

Cet article a été publié sour le titre "Les Femmes et la lecture du Kaddich" dans l’Arche, Novembre 2007, n°594 p 30-31


[1]Voir Wittenberg (Jonathan), Epître de la vie (traduction Rivon Krygier), édition In Press, Paris, 2002, p 83-106.

[2] Sur la force du « amen » et de la phrase citée voir traités Sotah 49a et Shabbat 119b du Talmud de Babylone.

[3] Millen (Rochelle L) « The female voice of Kaddich »  dans Jewish Legal Writting by Women sous la direction de  Micah D. Halpern et Chana Safrai, Urim Publications, Jerusalem, 1998, p 179.

[4] Bebe (Pauline), Dictionnaire des femmes et du judaïsme, Calmann Lévy, Paris, 2001 page 178.

[5]Gaims-Speigel (Barbara), « Women and Kaddish »,dans The Orthodox Jewish Woman and Ritual, Jofa, New York, 2000, p 10

[6] Wieseltier (Léon), Kaddich, Calmann Lévy, Paris, 2000 maintenant disponible en Livre de Poche, p 188-202

"Qui a besoin...d'un féminisme juif ? D'un féminisme orthodoxe ? "(1)

JOFA, le forum des Juives féministes orthodoxes américaine a lancé au travers de sa newsletter ou sur son site, une campagne sur le thème : « Qui a besoin d’un féminisme juif ? Un féminisme orthodoxe ? » à laquelle tout le monde peut participer. Il suffit de soumettre sur le tumblelog (site internet ouvert) de JOFA un texte sous forme de pancarte. 

Nous mettrons en ligne régulièrement quelques unes de ses pancartes dans une traduction de Michel Mons et des notes ou éclairages de notre cru.

Sonia Sarah Lipsyc


Kaddich

J’ai besoin d’un féminisme orthodoxe car la douleur qui est la mienne après le décès de ma mère n’a d’égale que celle que je ressens quand j’entends à la synagogue 

-          Non, vous ne pouvez dire « kaddish »[1] car vous êtes une femme.

-          Chut! Ne pouvez-vous baisser la voix ? On vous entend au travers de la « mehitsah »[2].

-          Le silence quand personne ne dit « amen » après ma récitation du « kaddish ».

-          Vous savez ça ne compte pas réellement quand une fille dit « kaddish ».

-          Ce serait plus respectueux si vous ne disiez pas « kaddish ».

-          Ne pourriez-vous demander à votre mari ou à votre père de dire « kaddish »?

-          N’y a-t-il pas un homme qui pourrait réellement dire « kaddish » pour votre mère?

A droite de la pancarte, la photo de la femme qui a posté ce post accompagné probablement de sa mère.

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[1] Prière de sanctification dite en présence d’un « mynian » quorum composé de dix hommes dans le rite juif orthodoxe qui est également prononcé par les endeuillés durant un an après le décès d’un membre de leur famille.

[2] Barrière de séparation entre les hommes et les femmes dans les synagogues juives orthodoxes. Elle peuvent être de haute taille ou plus symbolique selon le choix de la synagogue.

................................................................................................................................................................................... Pour en savoir plus sur les possibilités des femmes de réciter le "kaddich", voir :

-          Rahel Berkovits, A Daughter's Recitation of Mourner's KaddishCollection Ta Shma, Come and Learn: The Halakhic Source Guide Series, Jofa.

-          Sonia Sarah Lipsyc, «  Les femmes et la lecture du kaddich »Arche,  Novembre 2007, n°594 p 30-31

Pour lire cet article sous le titre "Les femmes peuvent-elles réciter le kaddich ?", cliquez ici sur le site.

 

27 novembre 2012

Création d’écoles pluralistes (laïques et religieuses) dans l’Education publique en Israël

Enfantssetenantparlesbras

Il existe en Israël deux systèmes généraux d’éducation pour les écoles du primaire et du secondaire.Le premier est public qu’il soit d’orientation laïque (mamlachti) ou religieuse (mamlachti dati). Le deuxième  réseau d’éducation est privé ou indépendant même si ses écoles peuvent, dans des proportions diverses, être en contrat avec l’Etat et subventionnées par celui-ci. Il est composé en majorité d’écoles ultra-orthodoxes mais aussi d’écoles privées variées, religieuses ou non religieuses. Les écoles religieuses peuvent être orthodoxes ou affiliées à des mouvements juifs non orthodoxes (conservative, réformés). Les écoles non religieuses sont principalement basées sur des méthodes d’éducation alternatives ou spécialisées dans un domaine (artistique ou sportif). Le système d’éducation indépendant intègre également les écoles des citoyens arabes israéliens.

Quel que soit le système d’éducation, dans ses différentes composantes, il y a une obligation pour toutes les écoles d’enseigner les matières de base que sont l’anglais, les mathématiques, les sciences et l’histoire. On constate cependant que ce contrat de base n’est pas bien ou peu respecté dans les écoles ultra-orthodoxes[1]. Ce déficit de connaissances ne favorise pas l’entrée des membres de ces communautés dans le monde du travail alors même que le nombre d’élèves de ce milieu est en constante augmentation[2]. La non application ou les exemptions de cet accord[3], institué déjà au temps de David Ben Gourion, qui unit l’Etat, par l’octroi de subventions, avec le système indépendant scolaire du monde ultra orthodoxe, fragilise, une fois de plus, le contrat social d’un pays où se côtoient des Juifs laïques, traditionnalistes, orthodoxes, non orthodoxes, ultra-orthodoxes, athés, etc. Dans ces écoles ultra-orthodoxes, l’accent est mis, en particulier, pour les garçons sur l’étude du Talmud mais sans connexion ou regroupement avec des matières de connaissance générale. Dans les écoles publiques religieuses, l’emphase porte aussi sur les matières juives, de façon plus diversifiée, avec par exemple, l’enseignement de l’histoire juive et le niveau d’instruction général est égal à celui des écoles publiques et laïques[4].

Il reste qu’il y a une dichotomie dans l’enseignement entre le monde religieux et le monde laïque et que l’écart se creuse tant dans l’apprentissage de certaines matières que du point de vue humain et social. Le rabbin orthodoxe moderne, Michaël Melchior, à l’origine de l’initiative de la loi approuvée en février 2012 à la Knesset (assemblée nationale) pour la création d’écoles publiques et pluralistes (laïques et religieuses), en souligne plusieurs aspects dans l’article ci-dessous dont nous publions une large traduction[5].

Il relève, de la part du monde laïque, l’abandon de l’apprentissage des matières juives au monde religieux qui, par ailleurs, deviendrait de plus en plus rigoriste ou étriqué dans sa pensée. En conséquence de quoi – cruel paradoxe – un élève israélien peut finir toute sa scolarité jusqu’au baccalauréat sans connaitre grand-chose du judaïsme ! Il aura, en effet, étudié la Bible ou quelques passages, sous l’aspect historique, linguistique ou poétique mais n’aura eu que peu l’occasion d’étudier ses nombreux commentaires déployés au cours des siècles ou presque pas l’opportunité d’être initié au Talmud ou à d’autres aspects du rituel juif.

A l’inverse, le monde religieux laissera au monde laïque la préoccupation de valeurs importantes comme «l’humanisme, la responsabilité sociale, la justice sociale, le lien aux non-juifs (…) l’environnement (…) »[6]. Valeurs que le judaïsme, bien évidemment, incarne aussi et sur lesquelles il apporte, dans sa diversité, un certain nombre d’enseignements.

Cette dichotomie et double abandon de la connaissance juive d’un côté, négligence des préoccupations d’éthique de l’autre, fonde une ligne de fracture dans l’éducation et donc dans la société israélienne. Elle créé des ghettos cognitifs et sociaux qui suscitent notamment l’intolérance ou des divisions préjudiciables au devenir d’une nation.

Or le vivre ensemble entre Juifs en Israël[7] est l’un des défis majeurs de cet Etat et par conséquence de la diaspora juive, comme nous le soulignons souvent au travers de ce site de ressources dont l’une des raisons d’être est d’offrir les clefs de compréhension du monde juif pour un mieux vivre ensemble.

Sonia Sarah Lipsyc

Pour une notice biographique sur le rabbin Melchior : cliquez ici


[1] Voir sur ce site, Yaël Soussan avec la collaboration de Sonia Sarah Lipsyc, «Education et monde ultra orthodoxe», 29.06.2012, Judaismes et Questions de Société. 

[2] «  L’Etat hébreu compte environ 2 millions d’élèves sur l’ensemble du territoire. (…) le secteur « arabe » (28% des élèves de primaire) et le secteur « haredi » ultra-orthodoxe (20% des élèves du primaire). Ces deux derniers secteurs sont en forte hausse depuis une dizaine d’années. Selon le centre Taub (Centre de recherche pour les Etudes sociales en Israël ndr), le nombre d’élèves dans les écoles « haredi » a augmenté de 57% entre 2000 et 2010 et celui des élèves des écoles arabes de 37% sur la même période. Selon Dan Ben-David (professeur de sciences économiques et directeur du Centre de recherche Taub, ndr), ces écoles pourraient drainer d’ici 2040, 78% des élèves de primaire israéliens. », Caroline Salvoch, « Quel avenir pour l’éducation en Israël ? », 24.02.2012, Middleeast2.0

[3] Voir Lior Dattel, « Only 40% of ultra-Orthodox high schools in Israel teach English and math»Haaretz, 15.12.2011.

[4] Relevons toutefois que le système éducatif en Israël accuse  une « baisse globale du niveau scolaire, des professeurs sous-payés, et une fuite des cerveaux (…) Selon Manuel Trajtenberg, le directeur du Comité de planification et du budget du Conseil pour les études supérieures en Israël, le pays fait face à une des plus grandes fuites des « cerveaux » des pays développés. En 2007, 25% des chercheurs israéliens résidaient aux Etats-Unis  tout comme 28,7% des économistes israéliens ou encore 33% des chercheurs en informatique et nouvelles technologies… », Ibidem note 2.

[5]Judy Lash Balint, “An education revolution comes to Israel”, 10.04.2012, Jewish Journal. 

(6] Ibidem

[7] Il va sans dire aussi que le vivre ensemble entre Juifs et non Juifs, (principalement arabes chrétiens et musulmans en Israël), est l’autre versant de ce vivre ensemble.

 

Melchior2(Rabbin Michaël Melchior)

« Une révolution dans l’éducation arrive en Israël », Judy Lash Balint, 10 avril 2012, Jewish Journal

Un nouveau système scolaire qui encourage les élèves religieux et laïcs à étudier ensemble a été approuvé par la Knesset (Parlement israélien ndr) en Février (2012 ndr).

Une révolution tranquille se déroule dans le système éducatif israélien.

Lorsque la prochaine année scolaire débutera en septembre (2012), un troisième système éducatif  (et public ndr), approuvé par l’Etat, sera créé aux côtés des deux autres systèmes publics existants depuis la fondation de l’État  que sont les écoles publiques laïques (mamlachti) et publiques religieuses (mamlachti dati).

Le Rabbin Michael Melchior, fondateur de « Meitarim », le réseau pour une éducation juive et démocratique, rappelle que la Knesset a approuvé en février la mise en œuvre d’un système d’éducation public et pluraliste visant à encourager les étudiants de milieux religieux et laïcs à étudier ensemble au sein d’un programme basé sur les valeurs juives, la tolérance, le peuple juif et l’humanisme.

Ce nouveau système scolaire, nouvellement approuvé, qui sera connu sous le nom de mamlachti meshalev (public et pluraliste), représente l’aboutissement d’années d’efforts de la part du réseau éducatif « Meitarim » et  d’un groupe de travail dirigé par le rabbin Melchior, incluant également des dirigeants des écoles indépendantes (privées), « Tali » et « Keshet »[1].

Le rabbin Melchior avait déjà présenté, une première fois,  il y a plus de douze ans son projet à la Knesset, en créant la première école de « Meitarim », en 1999, à Modi’in, réseau qui comporte à présent plus de 50 écoles avec 5 000 élèves à travers le pays.

Grâce à l’approbation du Parlement, le gouvernement israélien s’est engagé à subventionner la transition de 30 écoles publiques existantes, religieuses ou laïques, au système d’éducation pluraliste, à compter de la rentrée scolaire de septembre prochain. Pour l’année scolaire 2013, le rabbin Melchior prévoit d’attirer 60 écoles supplémentaires au sein de ce nouveau système scolaire.

« Nous pourrions facilement devenir le chef de file du système d’enseignement dans un avenir proche », précise Melchior. Selon la nouvelle loi, toute école publique peut devenir une école pluraliste, et rejoindre ainsi le nouveau système d’éducation, dans la mesure où au moins 70% des parents et 50% des enseignants sont d’accord.

Le rabbin Melchior, qui a servi à la Knesset entre 1999 et 2009 en tant que vice-ministre de l’Education (2005) et président du Comité de l’éducation de la Knesset (2005-2009), affirme à au média JNS que l’état actuel du système d’éducation israélien est « profondément tragique » et a servi à renforcer les divisions au sein de la société israélienne. « Nombre d’Israéliens laïcs ont grandi sans comprendre qu’ils font partie du Judaïsme, que ce dernier est également leur héritage et pensent plutôt que le Judaïsme relève seulement de la religion », affirme Melchior. « Ainsi, vous pouvez être diplômé de l’Université Hébraïque et connaître moins de choses du Judaïsme qu’un élève d’un jardin d’enfants d’une école réformée de Cincinnati ».

Le rabbin Melchior poursuit, « ce qui se produit dans le secteur religieux est un Judaïsme qui devient de plus en plus étroit, confiné à la sphère rituelle, une interprétation limitée de la Torah. De nombreux sujets d’intérêts comme l’humanisme, la responsabilité sociale, la justice sociale, le lien aux non-Juifs, aux Juifs laïcs, l’environnement, ou le sionisme, sont absents parce que ces idées ont été reléguées à une partie seulement de la population[2]. Nous avons commencé à mettre en place un nouveau courant de pensée, dans l’espace entre ces deux mondes, (religieux et laïcs ndr). » (…).

En 1970, le père du rabbin Melchior, le rabbin Marcus Melchior, avait été invité à faire son « alya » (sa montée en Israël)[3] du Danemark afin d’introduire les études juives en tant que sujet principal dans le système scolaire laïc. « Les partis religieux avaient alors mis leur véto, s’élevant contre cette initiative car ils voulaient avoir le monopole en la matière. Ce genre d’initiative ne vient jamais de l’intérieur ou naturellement » déplore Melchior.

À présent, le rabbin Melchior estime que de nombreux jeunes Israéliens sont à la recherche d’un engagement plus significatif à l’égard du Judaïsme, mais pas nécessairement par les moyens traditionnels, et le nouveau système scolaire pluraliste leur offrirait cette opportunité.

Ce nouveau courant pluraliste a recueilli le soutien d’autres dirigeants juifs engagés. Ainsi (…), le chroniqueur et ancien chef de file du Congrès juif mondial, Isi Leibler, écrit : « Le système d’éducation actuel contribue à institutionnaliser les divisions entre les jeunes dans le milieu scolaire, les isolant dans des ghettos qui engendrent invariablement l’intolérance. (…) »

Sur le plan pratique, « Meitarim » continue à soutenir les écoles existantes au sein de son réseau (privé ndr) éducatif,  œuvre  à la création de nouvelles écoles qui pourront par la suite postuler pour devenir officiellement des écoles publiques pluralistes ; « Meitarim » soutiendra aussi le gouvernement en proposant une formation aux enseignants ainsi qu’en participant à l’élaboration des programmes.

Les bailleurs de fonds du réseau éducatif « Meitarim » incluent aux Etats-Unis les philanthropes Andréa et Charles Bronfman, The Crown Fmaily Fund, The  Henry et Edith Everett Foundation ainsi que la Fondation Schusterman.

Traduction de Yaël Soussan avec la collaboration de Sonia Sarah Lipsyc

Source : Judy Lash Balint, “An education revolution comes to Israel”, 10.04.2012,ewish Journal

[1] « Tali » est le système d’éducation privé du Mouvement juif conservative ou massorti, l’un des quatre courants non orthodoxes du judaïsme. « Keshet » est un réseau qui regroupe des écoles pluralistes du jardin d’enfants au baccalauréat.

[2] Parce que l’on a considéré que la responsabilité de ces idées n’incombait qu’à une partie de la population en l’occurrence laïque.

[3] Montée : terme désignant l’immigration d’un Juif  en Israël 

 



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