La Cour Suprême d’Israël avait donné une année probatoire à Egged pour évaluer l’application de ses décisions en matière de lutte contre la ségrégation sexuelle dans les bus.

 seg_bus2(Jeunes filles entrant par la porte du milieu de l'autobus pour se rendre directement à l'arrière du bus. Photo du journal Huffingtonpost)

En janvier 2011, suite à un recours déposé par des femmes, dont l’écrivaine Naomie Ragen, qui avaient subi des violences verbales et physiques, la Haute Cour de justice israélienne avait statué que la discrimination sexuelle dans certains bus de la compagnie publique Egged, dits « cachers », sous le sigle mehadrin en hébreu, était illégale[1]. Dans ces bus, en effet, les hommes à l’avant et les femmes à l’arrière, étaient obligatoirement séparés, les femmes entrant même par la porte du milieu. Dans le cadre de sa décision, la Cour Suprême avait déclaré que «cette pratique était contraire à la loi mais a indiqué qu’elle pourrait toutefois être maintenue si elle était acceptée de leur plein gré par les passagers »[2]. La séparation des sexes ne pouvait donc être imposée à quiconque mais elle ne pouvait non plus être interdite si elle était volontaire. Un des juges de la Haute Cour de justice, le juge Elyakim Rubinstein, Juif orthodoxe, avait cependant souligné que « le respect de la dignité humaine et l’amour de toutes les créatures constituaient les bases fondamentales du Judaïsme »[3].

Dans son décret, la Cour Suprême avait également ordonné «que le Ministère des Transports installe des panneaux dans tous les autobus méhadrin, indiquant aux passagers qu’ils sont libres de s’asseoir où ils le désirent, mais aussi que le harcèlement d’un(e) passager(e) au sujet de la séparation des sexes constituerait une infraction pénale»[4]. Il incombait également au « Ministère des Transports de donner les instructions nécessaires aux chauffeurs afin d’être sûr que ces consignes soient respectées »[5]. La Haute Cour de Justice accorda au Ministère des Transports une période probatoire d’un an[6], afin d’évaluer si ces décisions étaient bien appliquées. Le juge Rubinstein précisa que si «le Ministère des Transports n’était pas en mesure de protéger les femmes qui choisissaient de s’asseoir à l’avant, il userait de son autorité pour interdire ces bus »[7].

 

 Bus_IRAC(Photo montage de l'IRAC, au dessus de la porte de l'avant de l'autobus, il est écrit "enceinte des hommes" et au dessus de la porte du milieu "enceinte des femmes". Cette dernière appellation désigne la place où s'asseoient les femmes dans l'espace synagogal orthodoxe).

La campagne des « Freedom Riders » en Israël

Une campagne nationale intitulée « Freedom Riders » (« Passagers libres »), orchestrée par le Centre Israélien d’Action Religieuse (IRAC), afin de vérifier si les décision de la Cour Suprême étaient bien mises en pratique, encourage les femmes à prendre ces autobus publics méhadrin, à rendre compte de leurs expériences mais aussi à démontrer aux passagers-ères que les femmes sont libres de s’asseoir où elles le désirent dans les transports en commun. Cette campagne s’inspire du mouvement « Freedom Riders » mis sur pied dans les années soixante par les militants des droits civiques luttant contre ségrégation raciale dans  le Sud des Etats Unis, afin de vérifier si les décisions de la Cour Suprême des États Unis qui interdisaient la discrimination raciale y étaient bien appliquées.

Un groupe de bénévoles « Freedom Riders », constitué d’hommes et de femmes, voyage ainsi quotidiennement à bord des autobus afin de vérifier si la loi contre la ségrégation sexuelle est respectée sur les autobus de la compagnie publique d’Egged.

Membre du groupe d’activistes qui promeut les droits civiques, « Freedom Riders », Diana Bletter relate à travers un article[8] ses diverses expériences en tant que passagère dans les autobus méhadrin, à Jérusalem. Pour Bletter, la ségrégation à l’endroit des femmes dans les autobus « symbolise quelque chose de beaucoup plus qu’un simple arrangement de sièges ». Cette ségrégation des genres reflète, selon l’auteure, une volonté de la part d’une petite minorité d’extrémistes au sein de la communauté ultra-orthodoxe (haredi) de réguler la vie publique en Israël par la séparation entre hommes et femmes, en poussant celles-ci non seulement «à l’arrière de l’autobus, mais aussi à l’arrière de l’espace public »[9].

Elle témoigne qu’il lui est arrivé au cours de ses voyages de prospection dans les bus qu’un groupe d’adolescents haredim lui dise « allez à l’arrière ! » ; qu’une femme lui signifie de s’asseoir à l’arrière du véhicule parce qu’elle se trouvait dans un bus méhadrin et que certains chauffeurs préfèrent être conciliant avec les passagers ultra-orthodoxes. Or, la décision de la Cour Suprême, précise bien qu’ il a été ordonné au Ministère des Transports de former les conducteurs des autobus en vue de faire respecter les consignes émises par la Cour, notamment « de défendre une femme si elle désire s’asseoir à l’avant du bus»[10]. Il semblerait toutefois, selon le témoignage d’autres « freedom riders » que le nombre d’incidents au cours desquels les chauffeurs interdisaient fermement aux femmes de monter à l'avant des autobus aient «considérablement diminué»[11]. Et que le nombre de lignes de bus méhadrin soit passé de 56 à 16 même si « sur certains de ces bus les femmes ne peuvent même pas aller jusqu'à la porte d'entrée pour payer leur billet »[12].

 Anat_Hoffman(Anat Offman)

En octobre 2011, un reportage diffusé sur la 2ème chaine israélienne mettait en exergue le problème de la séparation des genres sur certaines lignes d’autobus publics. Elle débutait par le témoignage de Devorah Brenner, résidente de Beth Shemesh, et montrait que lorsqu’elle prenait place dans un autobus méhadrin, certains passagers lui ordonnaient d’aller s’asseoir vers l’arrière[13]. Selon Anat Offman, - une des pionnières dans la lutte contre la séparation fondée sur le sexe dans les espaces publics - également interviewée dans la vidéo, les femmes circulant dans les bus méhadrin, notamment ultra-orthodoxes, acceptent de respecter la séparation des genres. Cependant Offman y révèle également que, des femmes de ce même milieu, contactent l’association IRAC pour leur demander de l’aide, disant que « les rabbins sont devenu fous, SVP, aidez-nous ! » SVP, sauvez-nous ! »[14]. D’après Anat Offman, très souvent, ces femmes du milieu haredi (ultra-orthodoxe) se conforment aux règles non écrites (les femmes s’assoient à l’arrière) « contre leur gré - afin de ne pas en subir les conséquences »[15], lesquelles pourraient se traduire par une atteinte à leur réputation ou encore par une attaque physique venant de la part de leur propre communauté. Toujours dans la vidéo, un homme ultra-orthodoxe aborde la reporter, Dana Weis, assise à l’avant d’un bus en partance de Rehovot, et lui demande : « Pourquoi cela vous dérange-t-il ? C’est notre façon de vivre, comme la Torah nous l’enseigne. Pourquoi cela vous ennuie-t-il ? »[16].

Cet argument est significatif d’une partie du monde haredi, qui, d’une part, placerait la loi de la Torah au-dessus de la loi civile, dans un espace commun régi par la loi civile, et qui, d’autre part, serait dans le déni des réactions violentes à l’encontre des femmes qui n’obéiraient pas aux diktats ultra-orthodoxes.

 

La réaction des rabbins face à la ségrégation sexuelle dans les bus publics en Israël

La pression sociale se manifeste aussi à l’extérieur des moyens de transport, notamment, par le biais d’annonces publicitaires publiées dans les journaux par les communautés ultra-orthodoxes « incitant les femmes à monter à bord des autobus par les portes-arrière »[17]. Dans son article[18], l’israélienne Sharon Shenhav, directrice du International Jewish Women’s Rights Project, rappelle encore « qu’il n’y avait jamais eu de ségrégation dans les bus publics et que la question des sièges distincts n’a été soulevée dans la dernière décennie que par un groupe d’extrémistes religieux » [19].

En effet, rappelons que le rabbin Moshe Feinstein (1895-1986), considéré en son temps comme l’autorité principale en matière de loi juive pour le monde orthodoxe avait statué « qu’il n’était pas nécessaire de s’abstenir de voyager dans le métro et les bus pour aller travailler même s’ils étaient très encombrés (…) ni interdit de s’asseoir à côté d’une femme si aucune autre place n’était disponible »[20]. Il reste que la séparation des sexes fait partie intégrante de la vie orthodoxe, notamment dans la vie religieuse. La question porte donc sur le degré et l’étendue de cette séparation des sexes dans le quotidien et l’espace public. Ainsi le rabbin Aaron Eliashiv (1910-2012) récemment décédé, auquel se référait le monde ultra-orthodoxe et de tendance non hassidique[21], estimait, selon l’un de ses proches collaborateurs, le rabbin Haim Cohen que « s’il était louable pour une entreprise privée de séparer les hommes et les femmes, il était impossible d'obliger une compagnie publique d’adopter ce standard. Par contre, il était envisageable d’essayer de les convaincre, de leur expliquer que c'était une sage décision financière, (…)"[22]. Il semblerait toutefois que le rabbin Eliashiv désapprouvait vivement les femmes qui refusaient de s’asseoir à l’arrière des bus méhadrin déjà en circulation.

Après que la Cour Suprême ait rendu son avis, les deux Grands Rabbins de l’Etat d’Israël condamnèrent la séparation obligatoire des sexes dans les bus.

Le grand rabbin ashkénaze Yona Metzger releva lui aussi que « s’il était légitime pour nous (lemonde haredi ndr) de créer notre propre société de transport, la communauté haredi n’avait pas le droit pour autant d’imposer ses pratiques sur les lignes d’autobus (…) ni ses idées aux autres. Avant d’ajouter : « Cet état n'appartient pas à la communauté haredi »[23]. Le grand rabbin sépharade Shlomo Amar est allé dans ce sens « en expliquant que des personnes pouvaient choisir d’être plus strictes en ce qui concerne la séparation des sexes dans les autobus mais que cette position rigoriste n’était pas celle de la Loi juive. Il mentionna à cet effet l’avis du rabbin Moshe Feinstein qui avait affirmé qu’il n’y avait pas de problème à ce qu’un homme et une femme prennent ensemble les transports en commun » [24]. On le voit la séparation des sexes, n’est, bien sûr, pas remise en question dans son fondement, - un homme ou une femme, s’ils ont le choix devront toujours s’asseoir de préférence à côté de quelqu’un de leur sexe -  mais elle n’est pas posée comme une obligation collective à imposer dans l’espace public. Cependant, ces voix se sont exprimées, semble-t-il, des années après que la ségrégation sexuelle ait été mise en application sur certaines lignes publiques et peu après que l’arrêt de la Cour Suprême ait été promulgué.

Le rabbin Ovadia Yossef, l’ultime référence pour les Juifs sépharades orthodoxes et fondateur du parti Shass, s’inquiéta de la situation de haine et de rupture que pouvaient susciter de telles tensions entre le monde religieux et le monde laïque en insistant sur la nécessité de cette unité entre les différentes composantes de la société israélienne. « Aime ton prochain comme toi-même est l'essence même de la Torah. Nous sommes un seul peuple, nous sommes tous semblables (…) »[25].  Au sujet de l’exclusion des femmes, il ne manqua pas de rappeler – au public mais aussi à ses ouailles ? - « que la loi juive ou Halakha prescrit que chacun doit aimer et respecter sa femme comme il s'aime et se respecte lui-même, voire plus encore»[26].

L’un de ses fils, le rabbin Abraham Yossef, grand rabbin de la ville de Holon, a été plus offensif encore en critiquant « le phénomène des hommes religieux qui refusent de s'asseoir à côté de femmes dans les transports publics, estimant que la ségrégation par genre dans les bus était "gratuite " »[27]. Il ajouta « c'est de l'idiotie et cela n'a rien à voir avec la crainte de Dieu», soulignant que « ceux qui prônent cette mesure ne devraient pas imposer leur interprétation de la piété aux autres »[28].

Cette opposition à l’encontre d’une « piété » plus rigoriste présentée par ses tenants comme étant la loi juive et voulant s’imposer à l’ensemble d’une collectivité à la fois religieuse et laïque fut également fermement dénoncée par des rabbins du courant nationaliste religieux.

« Selon ces principes (rigoristes ndr) » que dénonce le Rabbi Eliezer Melamed, à la tête de la yeshiva (école talmudique) Har Bracha dans l’implantation du même nom, « un homme ne pourrait s'asseoir à côté de sa femme, ni un père avec sa fille ou une mère avec son fils». Et c’est bien ce qui se passe actuellement car peu de personnes dans le monde haredi, même après l’arrêt de la Cour Suprême, ose braver la pression sociale et s’asseoir qui à côté de son époux pour une femme ou de sa fille pour un père, etc. Or rappelle-t-il, « les Sages ne cherchent pas à empêcher les hommes et les femmes de se rencontrer ou de se regarder ... Ils ont créé un cadre pour une société respectueuse qui offre une distance suffisante entre les hommes et les femmes ». Mais la ségrégation sexuelle dans les bus qu’il qualifie « d’inventions » ou « l'introduction d’obligations rigoriste, (…) détruisent les fondements de la Torah et de la loi juive. »[29]. Cet avis est partiellement partagé par une autre figure charismatique de ce courant, le rabbin francophone Shlomo Aviner qui, approuvant la séparation comme signe de pudeur mais récusant tout fondement halakhique à la ségrégation rigoriste, pense toutefois que ce problème est « secondaire » au regard de celui du harcèlement sexuel vécu par les femmes dans les sociétés mixtes[30]. Par là même n’est-il pas dans le déni des violences dont sont victimes les femmes à cause de cette ségrégation ? Le rabbin Yehouda Gilad, de la tendance nationaliste religieuse de gauche (Meimad) et directeur de la Yeshiva Maale Gilboa, voit dans ce phénomène ou d’autres tentatives de séparation des sexes dans l’espace public, « un processus de radicalisation sans aucun fondement dans la Loi juive »[31] qui réduit, bien évidemment « les femmes à des objets sexuels et (…) signifierait que les hommes ne seraient pas capables de les voir comme des êtres humains »[32]. Il ajoute que cette radicalisation à l’encontre des femmes serait une réaction du monde ultra-orthodoxe à la permissivité du monde laïque mais enjoint la communauté haredi à abandonner cette attitude et à « s’engager avec le reste de la société israélienne »[33].

Quel est l’impact de toutes ces déclarations alors même que durant toute cette dernière décade, force est de reconnaitre que la vision intégriste s’est imposée à l’ensemble du monde religieux - en augmentation d’un point de vue démographique - qui, par peur, conformité, indifférence, confusion ou adhésion, « accepta » cet état de choses ? Il est d’ailleurs à relever que la séparation des genres en Israël s’étend à d’autres domaines de la sphère publique tels que des dispensaires ou des supermarchés[34], l’armée, les cérémonies officielles. 

Haim_Amsellem(Rabbin Haim Amsellem)

Les réactions des rabbins furent, nous l’avons déjà relevé, quelque peu tardives et restent encore timorées, au regard de certains, comme le rabbin Haim Amsellem, figure orthodoxe œuvrant pour un engagement du monde ultra-orthodoxe dans une vie citoyenne ainsi que dans le monde du travail, de l’armée et aussi pour un rapprochement entre laïques et religieux. Dans une lettre ouverte dénonçant la ségrégation sexuelle dans les bus et dans d’autres espaces publics en Israël, signée par six autres députés religieux de la Knesset, il appelle les «  Grands Rabbins ashkénaze et sépharade d'Israël à condamner de façon catégorique le phénomène de l'exclusion des femmes dans la société (…) demandant à ce que soit publié un manifeste halakhique (loi juive ndr) qui indique clairement que le phénomène de l'exclusion des femmes est interdit par la loi juive »[35].

En fait, cette situation met en exergue un enjeu de fond celui du vivre ensemble entre laïques et religieux mais aussi entre religieux eux-mêmes. Dans le monde religieux, cette problématique questionne les limites de la séparation des sexes à un moment où ses communautés sont confrontées à la fois à un environnement extérieur qui les interpelle sur les questions, par exemple, d’égalité de genre et à une radicalité qui les traverse. Elle pointe la pression sociale qui pèse notamment sur le monde ultra-orthodoxe où l’individu vit sous le regard du groupe et craint, à tort ou à raison, les « représailles » morales ou sociales qu’il pourrait subir s’il affirmait ses convictions en s’insurgeant contre des positions extrémistes. Elle souligne également l’ambigüité des déclarations rabbiniques plus proches de déclarations de principe que d’incitation à des actes concrets. Par exemple, quel rabbin aurait clairement déclaré que les femmes ne devaient plus monter à l’arrière des autobus, que les hommes devaient se lever et céder leurs places à des femmes enceintes ou âgées, qu’il était interdit d’insulter une femme parce qu’elle choisissait de s’asseoir où elle le souhaitait, etc.? Cette situation relève aussi les demandes d’un monde religieux en pleine évolution démographique qui souhaite bénéficier de services publics plus proches de leurs critères. Jusqu’à présent, la société laïque ne prêtait pas attention à la ségrégation sexuelle dans ces milieux mais l’affaire de Beth Shemesh[36] et la ségrégation sexuelle dans les bus ainsi que son extension, l’alerte et l’inquiète car elle s’inscrit dans l’espace public et montre également que l’on ne peut être indifférent au sort d’autrui même s’il évolue dans un autre monde que le sien ?

 

Des femmes se tournent vers les Tribunaux pour obtenir des dédommagements suite aux discriminations sexuelles dans les bus d’Egged

Mais il y a, bien sûr, aussi d’autres réactions, notamment des femmes…. Nous l’avons vu, la ligne téléphonique ouverte de l’IRAC qu’appellent de nombreuses femmes orthodoxes mais également la ligne ouverte de KOLECH, l’association des femmes juives orthodoxes. Hashmi’ini (Ecoute-moi) vers qui se tournent des femmes et des hommes du monde orthodoxe qui subissent cette ségrégation[37]. Forts de ces témoignages, ces groupes et d’autres associations orthodoxes comme Ne’emanei Torah, Va, Avodah, The Yaakov Herzog Center, ou le mouvement pluraliste Yerushalmim interviennent auprès des pouvoirs publics[38]. Il y a des protestations dans la rue comme ces chorégraphies sous forme de "FlashMob" (littéralement "une mobilisation éclair" dans un espace public, de quelques minutes avant de se disperser[39]) des pétitions à l’exemple de celle[40]  mise en ligne par KOLECH et aussi des femmes qui se tournent vers les tribunaux depuis l’arrêt de la Cour Suprême.

tanya_rosenblit(Tanya Rosenblit)

Ainsi Tanya Rosenblit, cette jeune femme qui avait refusé de s’asseoir à l’arrière d’un bus public sur la ligne Ashdod-Jérusalem, nonobstant la violence des injures d’un passager soutenu par d’autres hommes ultra-orthodoxes qui voulaient empêcher le bus de démarrer et les demandes du chauffeur et de la police appelée en urgence qui souhaitaient « par respect » qu’elle s’assoie à l’arrière du véhicule. Tayna, leur a alors répondu qu’elle « leur montrait déjà suffisamment de respect avec son habillement modeste, et qu’elle ne pouvait pas s’humilier elle-même pour respecter quelqu’un d’autre », puis a ajouté, qu’« ils devraient se demander comment il est possible qu’humilier une femme leur soit une marque de respect ».[41] Finalement, après avoir déposé plainte contre le chauffeur d’autobus qui lui avait demandé de se déplacer vers l’arrière du bus, contrairement à l’attitude exigée par l’arrêt de la Cour Suprême, un juge accorda à Tanya Rosenblit la somme de 4 000 NIS (environ 1000$)[42]. Depuis cette affaire, de plus en plus de femmes se sont manifestées pour poursuivre les conducteurs d’autobus qui ne respectent pas les demandes de la Cour Suprême, et ne défendraient pas le droit des femmes de s’asseoir où elles le souhaitent[43]. En septembre 2012, la Cour des petites créances de Beit Shemesh accorda 13 000 NIS (environ 3 200$) pour dommages et intérêts à une jeune fille de 15 ans, Ariella Marsden après qu’elle ait eu le courage de porter plainte contre un chauffeur d’autobus qui l’avait sommée de s’asseoir à l’arrière[44] .Demande, insistons encore une fois,  non autorisée selon le décret de la Cour Suprême de 2011, interdisant la discrimination forcée à l’encontre des femmes[45] et que les femmes entendent faire respecter par le droit… et les amendes.

 

Sonia Sarah Lipsyc et Yaël Soussan



[1]Cf ; Sonia Sarah Lipsyc, « Existe-t-il une ségrégation sexuelle dans les autobus en Israël (1) ? », Judaïsmes et questions de société, 21/03/2011.

[2]Isabelle Puderbeutel, « Jugement de Salomon. La séparation entre les hommes et les femmes dans les autobus jugée illégale », Actualité Juive n°1149, Paris, 20/01/2011.

[3]Sharon Shenhav, « Freedom Riders, circa 2011 », JPost, 22/01/2011.

[4]« Existe-t-il une ségrégation sexuelle dans les autobus en Israël (1) ? », op cité note 1.

[5]Idem

[6]Nous ne savons pas si cette période probatoire a commencé dès janvier 2011 ou a pris effet ultérieurement mais il semblerait qu’elle soit toujours en cours.

[7]« Freedom Riders, circa 2011 », opt cit note 3

[8]Diana Bletter,« Freedom Riders », Tabletmag, 25.06.2012.

[9] Idem

[10]Idem

[12] Idem.

[13] Cf.YMN-ISraël Desk Jerusalem, «Yael Navon of Betar Illit Takes On Bus Gender Separation»,The Yeshiva World, 31/10/2011.

[14] Idem

[15] Idem

[16] Idem

[17]Diana Bletter, « Freedom Riders », Op cite  note 9.

[18]« Freedom Riders, circa 2011 », Op Cité note 3.

[19]« Freedom Riders, circa 2011 », Op Cité note 3.

[20] Voir Igros Moshe (E.H 2 ;14) cité dans « Rav Moshe Feinstein: Sitting next to women on buses», Daas Torah, 03.11.2010 

[21]Rappelons que le monde ultra-orthodoxe (haredi) est divisé en trois groupes : le monde hassidique et le monde non hassidique dit rationaliste, mitnagdi (littéralement « opposé » sous-entendu au hassidisme) ou lithuanien, en référence à l’origine géographique de ce courant. Ces deux groupes sont globalement a-sioniste. Le troisième,  minoritaire se nomme haredal est composé de personnes sionistes s’identifiant à une sensibilité nationaliste.

[23]JPost Staff, «State does not belong to haredim», JPost, 12/18/2011

[24]Ynet staff,  «Clinton unfamiliar with Jewish modesty», Ynet, 12.06.11

[26] Idem

[27] Site Alliance (article non signé), «Israël serait-il en train de vivre une régression spirituelle en se radicalisant? », Alliance.fr, 22.12.2011.     

[28] Idem

[29] Jeremy Sharon, «National-religious rabbis slam gender segregation» JPost, 30.12.2011

[30] Idem

[31] idem

[32] idem

[33] Idem

[34] Voir notamment  sur le site « Judaïsmes et Questions de Société » dans l’item « Ségrégation Sexuelle » : Sonia Sarah Lipsyc, « La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (1) », 01.01.2012;  Yaël Soussan avec la collaboration de Sonia Sarah Lipsyc, « La Cour Suprême en Israël plaide en faveur de l’affichage d’images publicitaires représentant des femmes sur les bus à Jérusalem »,  13.06.2012  et Rachel Azria, »La pudibonderie a un coût, elle peut retarder le dépistage du cancer »,  traduit par Yaël Soussan,18.05.2012.

[37] Cf. Riki Shapira, « Giving Voice to Silenced Women : Kolech’s Actions on Mehadrin Bus lines », Jofa, Fall 2012, Volume X, Issue 2, p. 30-32.

[38] Ibidem.

[39] Sonia Sarah Lipsyc, « PS : Et si on dansait pour lutter contre la ségrégation sexuelle en Israël ? », Judaïsmes et Questions de société, 10.01.2012.

[40] 08 janvier 2012. Sonia Sarah Lipsyc, « La ségrégation sexuelle ou des genres en Israël : état des lieux (3). Qu’est-il possible de faire à ce sujet ? », Judaïsmes et Questions de société, 08.01.2012.

[41]Voir l’article de Tanya Rosenblit traduit sur le site de Guysen News International, « Je ne m'assiérai pas à l'arrière du bus parce que je suis une femme », 19/12/2011.

[42]Cf. Diana Bletter, « Freedom Riders », Op Cité note 8.

[43] Idem

[44] Cf. Anat Hoffman, Newsletter de l’I.R.A.C, 03.09.2012  et Stuart Winer, Court awards girl NIS 13,000 over bus segregation suit, Timesof Israel, July 11, 2012.

[45] Cf. Melanie Lidman, « Ministry wants images of females on bus ads », Jerusalem Post, 12/07/2012.